Jeudi 21 août 2008

                                               

 

                                               

 

  L'infirmière, Rose, qui s'occupait de Julie, avait prévenue la jeune femme qu'elle avait survécu à un terrible accident de voiture. Elle la considérait comme une miraculée. C'était extraordinaire. Julie observait Rose pendant qu'elle lui parlait. Rose faisait partie de ses jeunes filles tout juste sorties de l'école et pleines d'enthousiasme. De grosses boucles blondes rebelles s'échappant  de ses cheveux relevés lui caressaient doucement ses jolies joues. Menue, petite, elle dégageait une indéniable joie de vivre et Julie voyait pétiller ses yeux lorsqu'elle parlait. Rose avait la difficile tache d'informer Julie de son amnésie et pire encore de lui annoncer que pour l'instant elle n'avait pas d'identité ; ses papiers ayant brûlés dans l'explosion qui avait suivit l'accident. En attendant que sa famille la reconnaisse et se manifeste auprès de la police, Rose demanda à Julie si elle pouvait l'appeler Claire. C'était le prénom qui lui était venu instantanément à l'esprit en découvrant ses yeux  d'un si joli bleu, limpide comme de l'eau claire. Rose pensait que Claire devait avoir une trentaine d'années.

Elle ne pouvait connaître la couleur de ses cheveux en raison de l'énorme bandage. De toutes façon, ils avaient été rasés pour l'opération. Julie, un des bras immobilisé par la perfusion fit signe à Rose qu'elle acceptait.

Julie ressentait un grand vide dans sa tête. Elle essaya de parler mais ne put émettre aucun son.

Elle souleva son buste pour se lever mais sa tête retomba lourdement sur son oreiller. Elle était épuisée. Chaque geste lui demandait un effort intense. Mais le plus terrible, c'était l'absence totale de souvenirs. Un grand trou noir. Tout lui était étranger. Elle avait l'impression de venir au monde comme un bébé sort du ventre de sa mère ! Elle fut prise d'une terrible angoisse. Qui était- elle ? Pourquoi cet accident ? Chez qui se rendait-elle en voiture et pourquoi avoir roulé si longtemps sans s'arrêter ?

**************

Après être sortie du commissariat, Nathalie se rendit aussitôt à l'hôpital. Elle demanda la chambre de Julie Pages mais la standardiste lui répondit qu'il n'y avait pas ce nom sur la liste. Nathalie s'énerva. « C'est la jeune femme qui a fait la une des journaux, vous savez...l'accident de voiture. Elle s'appelle Julie Pages et je suis son amie. Je veux la voir.

La standardiste regarda Nathalie droit dans les yeux en la dévisageant avec curiosité.

« Je ne pouvais pas savoir...Personne ne connaît son nom ici. Julie...Oui, pourquoi pas !

Chambre 32 au premier étage, deuxième porte à gauche. Vous ne pouvez pas vous tromper.

En arrivant devant la porte, Nathalie sentit ses mains devenir moites. Julie allait-elle la reconnaître ? L'infirmière présente dans la chambre lui permit de rester une demi-heure, pas plus, Julie étant encore très faible. Nathalie s'approcha avec anxiété du lit et s'immobilisa en constatant que son amie ne la reconnaissait pas. Elle la regardait comme une étrangère, c'était insupportable. Pourtant, c'était bien Julie. Elle l'aurait reconnue même si son visage avait été gravement blessé. Mais la lumière de ses yeux n'avait plus le même éclat. Comme si un autre être avait habité le corps de son amie. Nathalie se sentit chanceler quand elle entendit Julie d'une voix transformée, à peine audible prononcer « Bonjour Madame »Elle dû s'asseoir sur une chaise pour ne pas perdre l'équilibre. Une colère mal contenue fit trembler ses lèvres. Comment cet accident était-il arrivé ! L'inspecteur ne lui avait rien dit. Nathalie connaissait Julie. Elle ne se serait pas endormie au volant. Ce n'était pas son genre. Elle aurait dormi une ou deux heures avant de repartir. La voiture avait déviée sur le coté gauche, lui avait relaté l'inspecteur, et pris un camion en pleine face. Nathalie se rappela que Julie emportait toujours avec elle une thermos de café qui lui permettait de rester éveillée quand elle était fatiguée. Ah, son café ! C'était sacré pour Julie. Elle l'achetait toujours au « Palais du café », une boutique de torréfaction inégalée parait-il dans toute la région et se le faisait livré à domicile.

Nathalie se souvenait du jour où Julie, en panne de café, avait été obligée de l'acheter dans un autre magasin. Cela l'avait mise de mauvaise humeur pendant deux jours.

Nathalie s'approcha de Julie et lui expliqua qu'elle était son amie. Dès qu'elle irait mieux, Nathalie l'installerait dans son appartement. Elle supplia Julie de faire un effort pour se rappeler son visage. Julie ne pouvait pas avoir tout oublier, c'était impossible ! Des bribes de souvenirs allaient bientôt réapparaître, elle en était sûre. On ne pouvait effacer ainsi vingt-cinq ans d'amitié.

La demi-heure de visite étant écoulée, l'infirmière fit signe à Nathalie de laisser la jeune femme se reposer. Après avoir embrassé son amie, Nathalie quitta l'hôpital en ayant toutefois remarqué que toutes les entrées étaient bien gardées. Son instinct sonnait l'alarme. Elle eu l'impression désagréable que Julie était en danger, mais après réflexion, elle se dit qu'il n'y avait pas de raison. Elle s'inquiétait toujours pour rien. Elle démarra sa voiture et rentra chez elle.

Après son départ, Julie ferma les yeux et pleura jusqu'à ce que le sommeil l'emporte. Elle se mit à rêver.Un rêve étrange. Elle marchait dans une forêt qui semblait impénétrable mais au fur et à mesure de ses pas, les branches s'écartaient et se refermaient sur son passage. Elle ne savait où elle allait, mais elle avançait avec assurance comme si elle suivait un invisible guide. Au bout d'un moment, elle parvint à l'orée d'une clairière dans laquelle se trouvait assis un vieil homme. Celui-ci lui ordonna de s'asseoir à coté de lui. Il lui posa ses mains à plat sur la tête et subitement, elle eut une sensation étrange, une vision fugace. Un choc terrible, des hallucinations, une douleur atroce dans la tête et une image nette, précise. Celle d'un pompiste qui remplissait son réservoir  d'essence. Les cheveux noirs, frisés, les yeux glacials  et un sourire carnassier qui la dévisageait avec méchanceté. Elle connaissait ce visage mais elle n'arrivait pas à se rappeler l'endroit où elle l'avait vu. Puis, les images se brouillèrent et elle se réveilla en hurlant. L'infirmière arriva en courant el lui donna un calmant en constatant son agitation. Julie se rendormit jusqu'au lendemain matin.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Par Sophie Aguillé - Publié dans : roman - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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