Vous faire partager ma passion, l'écriture, voici la finalité de ce blog. Nouvelles, sketchs, pièce de théâtre.
Quelque soit la forme, l'intention reste la même. Sans prétention, trouver les mots pour dire ce qui parfois est difficile de vive voix.
Oser sur la toile ou sur le papier peindre l'être humain ...
Voici quelques textes que je vous propose de lire . Vos commentaires seront les bien venus.
Si vous désirez jouer les sketchs ou les pièces de théâtre, veuillez avoir la gentillesse de me prévenir ou de faire une déclaration à la SACD.
Pierre s’était levé avec détermination. Avalant avec avidité un bol de café et deux tartines beurrées, il avait ensuite pris une douche tiède. Les deux jours d’abrutissement passés à se lamenter avaient sali son corps et son esprit. Il était temps de laver à grande eau sa peau moite et ses idées noires. La douceur de l’eau savonneuse ruisselant sur son corps lui fit du bien. Ses muscles se détendirent. Il redressa son dos et déploya sa taille en étirant ses bras vers le haut. Un bâillement lui échappa. Il commençait à ressentir la fatigue de ses deux nuits sans sommeil. Passant sa main dans ses cheveux en bataille, il se surprit à sourire.
Il était serein. Il allait montrer à Julie qu’elle n’avait pas perdu son temps auprès de lui. Elle n’allait pas être déçue. Tout ce qu’elle lui avait patiemment enseigné, la confiance en soi, la détermination et la satisfaction du travail accompli. Le maître serait fier de l’élève et peut-être celui-ci le dépasserait-il. La tâche l’attendait …Il ne fallait pas la faire attendre.
Après s’être soigneusement rasé, Pierre enfila un pantalon de flanelle gris et une chemisette bleu ciel. Jetant rapidement un coup d’œil dans la glace, l’image qu’il perçu sembla le satisfaire.
Il ne savait pas où elle était partie, mais il mènerait l’enquête et il trouverait. Il avait le temps.
Il allait tisser sa toile lentement mais avec soin et un jour où l’autre, Julie allait forcément être prise au piège.
Elle avait dit qu’elle partait au Darfour avec une association humanitaire pour soigner les femmes agressées et violées, les fillettes mutilées. Médecin de formation, elle voulait se rendre utile. Cependant, il pensait que sa motivation première n’était pas uniquement des scrupules de privilégiée occidentale, mais une relation sentimentale avec un des membres du groupe. Il comptait donc se rendre au siège de l’association, 37 bld Brune à Paris.
Il regarda sa montre qui indiquait 9 heures. Julie était partie depuis trois jours. Il était temps qu’il se remue. Il prit l’ascenseur et sorti de l’immeuble d’un pas décidé en direction du R.E.R C pour Paris, en jetant un dernier regard sur l’appartement qu’il laissait derrière lui. Loué avec Julie deux ans plus tôt. Pas le grand confort, une chambre et un séjour avec vue sur la voie ferrée. Dès cinq heures du matin, le bruit des trains était insupportable. Mais, ils n’avaient pas eu le choix. Seule, Julie travaillait. Lui, était une charge supplémentaire. Il ne pouvait se permettre d’être difficile. Et pourtant, il se souvenait de lui avoir reprocher le manque d’espace et le bruit. Il n’avait pas été à la hauteur et il savait en son fort intérieur, qu’elle n’avait pas tous les torts. Il devait la retrouver, lui parler, essayer de lui montrer qu’il était capable de changer, que tout était encore possible. Son départ précipité avait pour lui été comme un électrochoc. Brusquement, il réalisait qu’il était en train de la perdre et la léthargie n’était pas la voie à suivre.
Il s’assit dans un coin du train, dans le sens de la marche, près de la fenêtre. La ligne s’arrêtait à toutes les stations, il venait de rater la précédente, directe pour Paris. Il se mit à regarder les maisons le long de la voie ferrée. C’était un défilement de baraques ouvrières, plus moches les unes que les autres, espacées par des terrains vagues, qui servaient la plupart du temps de déchetteries. Il n’avait jamais pu s’habituer à cette laideur et cette promiscuité.
En apercevant un enfant jouant sur le perron de sa maison qui regardait passer le train, il se mit à penser à son enfance.
Son père, Jacques, riche industriel avait profité de la mondialisation pour développer des usines de textiles en Inde où la main d’œuvre était bon marché. Il avait été l’un des premiers à oser partir explorer des pays dans lesquels la culture était si différente de la notre. On l’avait traité de fou, d’inconscient mais il avait tenu bon et s’était souvent félicité d’avoir persévéré envers et contre tout .Et cela n’avait pas été facile. Absent de longs mois pour prospecter, Jacques avait laissé sa femme souvent seule pour élever leur enfant et assumer la vie de tous les jours. Pierre se souvenait de cette période avec précision. Ils habitaient alors un appartement en province à Tours dans le centre ville, pas très grand mais confortable et très clair. Ses parents étaient mariés depuis cinq ans et il venait juste de fêter ses quatre ans. A la fin du dîner, son père avait annoncé qu’il allait partir plusieurs mois en Inde. C’était indispensable, il ne pouvait plus végéter ainsi. Le poste de sous-directeur ne lui convenait plus et il n’était pas d’accord avec la politique commerciale du PDG, trop molle à son goût.
Sa mère avait mal prit la nouvelle. Se retrouver seule ne l’enchantait guère. Et cet enfant qu’ils essayaient en vain de faire ? Si Jacques s’absentait si souvent, comment pourraient-ils l’avoir ?
Pierre se souvenait d’avoir reçu cette nouvelle avec satisfaction et d’avoir savouré la joie d’avoir sa mère pour lui tout seul. La perspective d’une naissance ne lui convenait pas du tout. Il ne voulait pas partager avec qui que ce soit l’amour que lui prodiguait sa mère et le bonheur de vivre a coté d’elle.
En effet, dès que son père revenait, Pierre passait au second plan. Il ne pouvait plus dormir dans le lit maternel et cette exclusion était ressentie comme un vol d’amour. Un sentiment de jalousie l’envahissait. Et les petits cris qu’il entendait la nuit, ajoutaient encore à la rancœur qu’il nourrissait envers son père. Pour rien au monde, il n’aurait voulu que l’on fasse de mal à sa maman et il se revoyait, les pieds nus , en pyjama, devant la porte fermée de leur chambre, immobile, impuissant, n’osant braver l’interdiction d’entrer. Malgré son désir farouche de porter secours à sa mère, il n’avait jamais franchit le seuil de son intimité. Et le matin, la contemplant, souriante et détendue, comme si rien ne s’était passé, comme s’il avait rêvé, il se taisait.
Au bout de quelques temps, la famille avait déménagé. Les affaires de Jacques étaient florissantes et ils purent acheter une belle maison bourgeoise en pierres de taille avenue de Grammont dans le centre de Tours. Pierre esquissa un sourire en se rappelant la joie de sa mère, découvrant les hauts murs ornés de plafonds richement travaillés de motifs élégants et champêtres. Les pièces vastes, les larges couloirs et les cheminées de marbre blancs l’émerveillaient. Quant à lui, il fut tout de suite séduit par le jardin où il trouvait d’innombrables cachettes dans lesquelles il pouvait disparaître pendant des heures et rêver de tout son saoul sans être dérangé.
Le temps s’écoulait avec ses joies et ses peines mais ils étaient heureux. Puis, un jour de novembre, gris et pluvieux, la mère de Pierre vint l’embrasser le soir avant qu’il ne s’endorme et s’attarda sur le bord de son lit en lui prenant la main comme lorsqu’il était petit. Une inquiétude soudaine l’avait envahi car ce n’était pas habituel. C’était important, Pierre l’avait compris à la gravité de ses yeux et à la douceur de sa voix.
- « Pierre, lui avait-elle dit, ton père et moi, nous ne pouvons avoir d’enfant et nous n’en avons jamais eu. Tu n’es pas notre fils. Nous t’avons adopté quand tu avais trois mois. Je tenais à ce que tu le saches maintenant que tu es grand »
Sans dire un mot, les yeux fixés sur sa bouche qui articulait des sons qu’il ne voulait pas entendre, Pierre avait cru mourir. Hébété, perdu, sentant un torrent de larmes inonder son visage et son cou, il avait ressenti une douleur atroce, un poignard acéré qui transperçait son cœur. Sa mère, a qui il vouait un amour exclusif, sa mère, n’était pas sa mère et ne le lui avait jamais dit. Il était trahi.
Il comprenait subitement pourquoi elle désirait tellement un enfant. Lui, il n’était qu’un palliatif, servant uniquement de stockage à ses sentiments maternels afin de les entretenir pour qu’ils puissent briller le moment venu.
Sa mère essaya de le persuader qu’elle l’aimait, mais depuis ce jour, Pierre s’était méfié d’elle et avait senti naître une jalousie envers un être qui n’existait pas mais qui était bien là, tellement présent, qu’il alourdissait l’atmosphère encore plus que s’il était vivant.
Comprenant son chagrin, ses parents avaient évité de parler de leurs préoccupations devant lui, mais il surprenait souvent leur conversation.
Alors, lorsque sa mère tomba enceinte un beau jour d’avril, elle ne le mit pas au courant .Mais il comprit à sa gaîté inhabituelle qu’un évènement inespéré était arrivé. Et la seule chose qui pouvait la mettre dans cet état, c’était un enfant.
Pierre avait quatorze ans et besoin d’amour. Mais plus personne ne voulait lui en donner.
Jour après jour, il s’était renfermé sur lui-même, et plus le ventre de sa mère s’arrondissait, plus il avait envie de disparaître. Elle ne le regardait plus mais passait des heures à parler à son bébé en caressant son abdomen qui paraissait monstrueux à l’adolescent qu’il était. Elle qui était si jolie, si mince, maintenant était devenue difforme.
Insidieusement, elle lui demanda d’accomplir toutes les taches ménagères sous prétexte qu’elle était fatiguée et devait faire attention .Pourtant, avant, elle ne se plaignait jamais et avait une endurance à toute épreuve. Mais voilà, elle avait peur pour le bébé ! De plus en plus souvent, Pierre eu droit aux remontrances et aux punitions et, pour un oui, pour un non, il recevait des corrections. C’était elle qui les ordonnait et son père qui les exécutaient. Puis, le bébé est arrivé et le drame qui s’ensuivit.
Pierre fut tiré de sa douloureuse rêverie par la voix dans le haut- parleur qui annonçait la station Saint-michel où il devait descendre. Il sortit de la rame de métro et se retrouva sur les trottoirs de Paris.
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