Vous faire partager ma passion, l'écriture, voici la finalité de ce blog. Nouvelles, sketchs, pièce de théâtre.
Quelque soit la forme, l'intention reste la même. Sans prétention, trouver les mots pour dire ce qui parfois est difficile de vive voix.
Oser sur la toile ou sur le papier peindre l'être humain ...
Voici quelques textes que je vous propose de lire . Vos commentaires seront les bien venus.
Si vous désirez jouer les sketchs ou les pièces de théâtre, veuillez avoir la gentillesse de me prévenir ou de faire une déclaration à la SACD.
Julie avait annoncé à Pierre qu’elle le quittait. Ce mot avait été très difficile à dire. Depuis de nombreux jours, elle réfléchissait aux conséquences qu’une telle décision allait entraîner.
Mais, elle n’avait pas le choix. Pierre devenait trop dépendant d’elle. Il ne vivait qu’en elle et pour elle. Comme une plante trop souple qui ne peut se développer sans un tuteur pour la soutenir. Elle n’en pouvait plus. Elle aussi avait besoin de réconfort. Quelqu’un de plus fort, qui pouvait recevoir ses doutes et ses faiblesses. Un homme, dans les bras duquel son corps pourrait se blottir et s’abandonner.
Cependant, elle savait que Pierre n’accepterait pas la séparation. C’était très dangereux .Le risque était grand, mais il était impossible de continuer à vivre ainsi.
Elle avait échafaudé dans sa tête deux hypothèses.
Soit Pierre refuserait de se remettre en question et tournerait sa colère contre elle, soit il lutterait et se libérerait de ses chaînes. Il savait qu’elle ne parlerait pas. S’il tentait de la tuer, cela signifiait qu’il abdiquait, et se suiciderait après. Elle espérait qu’il choisirait la deuxième solution.
Mais, n’étant sûre de rien, elle avait pris ses dispositions.
Après avoir quitté l’appartement en emportant une simple valise, Julie était partie au volant de sa petite wolswagen bleu marine en direction de Toulon où son amie Nathalie avait acceptée de la loger provisoirement. Elle n’avait laissé d’adresse à personne. Attachée de recherche au C.N.R.S, elle avait donné sa démission en prétextant ne plus vouloir travailler en laboratoire. Partir en mission humanitaire à travers le monde pour servir la cause des plus démunis, était devenu son cheval de bataille. Elle avait expliqué à son patron, qu’elle s’était réveillée un matin avec cette évidence qui ne lui laissait pas l’ombre d’un doute. L’urgence était là bas, pas à compter des œufs d’insectes sous le microscope pour savoir si telle femelle était plus fertile que telle autre. Tout le monde l’avait crue. Julie n’était pas le genre de fille à raconter des histoires.
Pierre allait suivre sa trace. Elle ne pouvait se permettre de négligences.
Les mains accrochées au volant, Julie commençait à sentir la fatigue l’envahir. Cela faisait huit heures qu’elle roulait maintenant. La nuit était tombée déjà depuis un bon moment et les phares des voitures qui la croisaient l’éblouissaient de plus en plus. Elle maudissait cette myopie qui s’était accentuée brutalement. L’oculiste n’avait pas voulu lui donner de rendez-vous avant trois mois. Planning surchargé. Elle aurait dû demander à être vue en urgence.
Il fallait qu’elle s’arrête. Sa tête bourdonnait et une douleur violente, lancinante lui frappait le front gauche et descendait sur l’œil.
Mais Pierre … Il ne devait pas la retrouver. Il avait déjà tué. Il pouvait recommencer, elle en était certaine.
Toulon n’était plus qu’à une heure de route. Encore un petit effort. Sa vie était en jeu !
Jetant un coup d’œil sur la jauge de son réservoir d’essence, elle comprit que de toutes façons, elle n’avait pas le choix. Sa voiture avait besoin de toute urgence, du précieux carburant.
Elle en profiterait pour boire une tasse de café de sa thermos qu’elle emmenait toujours avec elle et prendre en même temps son comprimé contre la migraine. Ainsi, elle resterait éveillée jusqu'à destination.
Une demi heure après avoir repris sa route, elle vit le camion foncer sur elle. Enorme, monstrueux, avec ses phares gigantesques qui l’éblouissaient…
En une fraction de seconde, elle compris que sa voiture allait s’encastrer dessous et qu’elle allait mourir. Elle n’eut pas le temps d’avoir peur .Un bruit lugubre de tôles entrechoquées déchira la nuit…
La police avait trouvé son sac à main à moitié calciné. Ne restaient que deux photos, miraculeusement indemnes de ce carnage ; celle d’une petite fille souriant sur la plage et une autre d’un homme. Une quarantaine d’années, le regard sombre, la bouche triste et qui semblait fixer l’infini.
Son passeport quant à lui était complètement détruit. De son carnet d’adresse, seules quelques pages étaient encore intactes. On pouvait notamment lire la moitié d’une adresse soulignée au crayon à papier : Nathalie B, 3 square L…on T.ul..
Julie avait été amenée par les pompiers à l’hôpital le plus proche, celui de Toulon.
On avait d’abord cru qu’elle était morte. Mais, contre toute attente, son cœur continuait de battre. Extrait par l’équipe de secours, de la carcasse de sa voiture, encastrée sous le camion, le corps de la jeune femme était miraculeusement sorti indemne de l’accident. Du moins en apparence.
Protégée de l’écrasement grâce à son airbag, seule sa tête avait souffert. Son bras droit était légèrement brûlé mais surtout, s’écoulait un filet de sang de son oreille gauche. Hémorragie cérébrale.
Plongée dans un coma profond, elle avait été opérée d’urgence dans le service des polytraumatisés.
Le chirurgien de garde qui ce soir là s’était occupé d’elle avait dû travailler douze heures.
Douze heures sur la table d’opération à lutter contre cette hémorragie qui comprimait le cerveau et perturbait ses fonctions vitales. Il voulait de toutes ses forces que cette jeune femme vive. Son visage dégageait trop de détermination, trop d’énergie, pour abandonner la partie. Il allait l’aider du mieux qu’il pourrait, même si la fatigue l’envahissait, même si la contracture musculaire qu’il ressentait au niveau des épaules lui obligeait à serrer les lèvres pour ne pas crier. Plié au dessus de la tête de Julie, il sentait la sueur couler le long de son masque, gagner le cou, puis inonder sa tunique.
Il avait peur…Peur de son impuissance à la sauver. Il savait que s’il échouait cette nuit, il arrêterait définitivement d’opérer. Voir les gens mourir et ne pouvoir les sauver lui était devenu insupportable.
L’opération prenait fin. Julien regarda sa montre, abruti de fatigue et d’angoisse. Elle était rentrée à minuit et il était midi ! Maintenant qu’il avait terminé et qu’il ne pouvait plus rien pour elle, il se permit de poser son regard sur son visage. Il en aimait la forme, ovale, douce mais sans mollesse, avec un nez fin et une bouche sensuelle et volontaire. Il avait envie d’en connaître plus. Elle était belle et se dégageait d’elle une surprenante force qui lui donnait envie de pénétrer dans ses pensées, de se lover dans son intimité, d’être acteur de sa renaissance. Une angoisse soudaine lui assécha la gorge. Dans quel état la trouverait-il à son réveil ? Il savait que pour elle, rien ne serait comme avant.
Elle avait survécu à l’opération. Mais une petite partie du cerveau avait été touchée. Le lobe occipital du cerveau gauche dans lequel la mémoire visuelle se construit avait été lésé. Heureusement, le cortex profond et la partie limbique étaient intacts. Cela signifiait une amnésie rétrograde (perte de ses souvenirs acquis avant l’accident) et non antérograde (elle pourrait en construire de nouveaux.)
Après avoir conduit Julie en salle de réveil, Julien sorti de l’Hôpital non sans avoir salué la nouvelle équipe du matin. Il démarra sa BMW cabriolet de sa place réservée et comme le temps était clément en ce début de printemps, il replia le toit décapotable et prit la direction du centre de Toulon .L’air frais fouettant son visage lui fit du bien. Il décida de ne pas rentrer tout de suite chez lui et de faire un tour sur le bord de mer. Il gara sa voiture et entrepris de marcher sur la plage. Midi sonnait à l’horloge de l’église, les passants rentraient pour déjeuner et il se retrouva seul.
Enlevant ses chaussures, il posa ses pieds nus dans les galets devenus brûlant sous la chaleur du soleil. Il aimait cette sensation, à la limite du supportable. Cet instant, ce point d’équilibre précaire entre le bien-être et la souffrance. Se tenir tout près de ce qui fait mal pour en avoir conscience mais ne pas y tomber !
En marchant sur la grève, un sentiment de liberté l’envahit. Pourquoi revenir chez lui, retrouver son quotidien, ses habitudes et ses ennuis. Pourquoi subir toutes ses contraintes.
Mais il était un homme responsable. Sa femme, Louise, était jolie, et maîtresse de maison accomplie. De dix ans plus jeune que lui, elle consacrait sa vie à son mari et à ses deux fils âgés de 5 et 7 ans. Il n’avait rien à lui reprocher et c’est bien cela qui clochait. Elle était trop parfaite, et ses trop nombreuses qualités lui rappelaient sans cesse ses insuffisances à lui. Cela l’exaspérait et il s’en voulait d’en être irrité. Manque d’humilité, un défaut de plus.
Pourtant, c’était lui qui était sous le feu des projecteurs. Chirurgien reconnu, il avait droit à tous les honneurs et sa réputation dépassait les frontières de la France .Il aurait pu en être satisfait, imbu de lui. Mais non, il ne le pouvait pas. Le grand chirurgien, Julien PARIS n’arrivait pas à s’accomplir en tant qu’homme. Il ne réussissait pas à combler sa femme.
Ejaculation précoce …et stérilité. Des années de traitement sans succès. Il avait tout essayé. Même la psychothérapie. Alors que ses mains accomplissaient des miracles et sauvaient des êtres, son sexe était incapable de donner la vie. Paradoxe insupportable ! Tous ceux qui l’admiraient, ne pouvaient savoir à quel point il se sentait indigne et ne pouvaient imaginer la souffrance qu’il endurait. Les enfants avaient été adoptés en désespoir de cause.
Julien pourtant, se rappelait l’époque ou, jeune homme, il courrait de succès en succès.
Il revoyait avec une étonnante précision sa dernière aventure. L’étudiante qu’il avait ramenée dans sa chambre, un soir d’été où la chaleur était écrasante. Logeant alors sous les toits, Boulevard Saint Germain, tous deux avaient monté l’escalier de cinq étages quatre à quatre et fait l’amour derrière la porte, par terre, ne pouvant attendre plus longtemps. Il sentit une bouffée de chaleur l’envahir en pensant à ses exploits d’alors. Cette nuit là , il avait battu son record. Oui, six fois de suite, ce n’était pas si mal. Pavoisant comme un jeune coq, ne se doutant pas une seconde que la puissance du jeune mâle allait brusquement se tarir. C’était arrivé si vite…
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