Vous faire partager ma passion, l'écriture, voici la finalité de ce blog. Nouvelles, sketchs, pièce de théâtre.
Quelque soit la forme, l'intention reste la même. Sans prétention, trouver les mots pour dire ce qui parfois est difficile de vive voix.
Oser sur la toile ou sur le papier peindre l'être humain ...
Voici quelques textes que je vous propose de lire . Vos commentaires seront les bien venus.
Si vous désirez jouer les sketchs ou les pièces de théâtre, veuillez avoir la gentillesse de me prévenir ou de faire une déclaration à la SACD.
Le jour commençait à filtrer à travers les volets clos. Il devait faire beau dehors. Les minces fentes du bois laissaient passer des rayons de lumière vive qui se diffractaient à travers les infimes particules de poussière en suspension qui apparaissaient ainsi par milliers.
Etonnant, comme un simple rayon lumineux pouvait révéler l’invisible matière.
Tout dépendait de l’orientation des rayons et de l’angle de vue. La vision des choses était en fait très subjective. Et sa vie, à lui, n’échappait pas à la règle.
Etendu sur le lit, les jambes au dessus du drap défait, Pierre regardait danser les particules dans le faisceau doré. Il n’avait pas dormi. Pourtant, il s’était couché tard. Mais cette nuit, comme les deux précédentes, ne lui avaient pas laissé de repos.
Il refusait à s’avouer vaincu, à abandonner. Pourtant, il aurait en effet été facile de se saouler ou bien de se droguer, mais cela n’aurait rien résolu. Pierre savait qu’il ne pouvait se le permettre. Après sa cure de désintoxication, le médecin lui avait bien dit : « Plus une goutte d’alcool sinon… »
Ne pas craquer…. Pourtant, sa tête allait exploser. Il sentait un grand vide, là, près de l’estomac. Un vide vertigineux qui l’attirait vers le fond. Un gouffre. Et lui, se trouvait sur le bord, le corps arque bouté en arrière et résistant de toutes ses forces pour ne pas tomber. Ne pas tomber !
La bouteille, elle, était là. Bien pleine, belle, comme une femme qui vous aguiche et qui fait des manières. Elle le provoquait. Pierre n’osait s’attarder sur elle. Ne pas la regarder. Non, surtout, ne pas la regarder. C’était une empoisonneuse, une fille de joie qui n’en valait pas la peine. Il l’avait posé très loin, de façon à ne pouvoir l’atteindre de la main. Elle trônait au dessus de l’armoire, face à lui, tout en haut. Pourrait-il sortir vainqueur de l’épreuve ?
Il était étendu, en sueur, abruti de fatigue et de désespoir, immobile et seuls ses yeux brillants dans l’obscurité de la chambre ne laissaient aucun doute sur la vie qui l’habitait. Dans le noir depuis deux jours. Sans manger et sans boire, luttant désespérément contre cette terrible angoisse, ce sentiment de mort, de désastre qui l’avait envahit quand elle avait prononcé avec un air triste que démentait la lueur joyeuse de ses yeux « je te quitte »
Julie…Elle allait se donner à un autre. Ce que lui n’avait jamais pu avoir, ce qu’elle refusait de lui offrir, l’autre en serait gratifié tous les jours. Le don de soi, l’amour …
Et pourtant, lui, Pierre, avait donné sa vie à Julie, mais ce n’était sans doute pas suffisant.
Depuis leur rencontre dans le métro alors qu’il sortait de sa cure et qu’il avait failli la faire tomber en la bousculant, depuis qu’il avait croisé ses beaux yeux clairs, si clairs qu’il s’y serait noyé.
Il avait arrêté de boire. Elle lui avait dit qu’il fallait, qu’il devait croire en lui, qu’elle l’aiderait mais qu’il devait se prendre en mains et ne pas se laisser aller. Il s’était confié. Il lui avait raconté son histoire. Et pourtant, jamais, il n’aurait cru en être capable.
Maintenant, sa vie était entre ses mains. Elle savait…Elle savait qu’un jour de Décembre, il avait accompli une chose inimaginable, monstrueuse, si terrible que rien que d’y penser, le cœur lui manquait.
Un jour de Décembre, alors qu’il venait d’avoir quinze ans, un jour où, au lieu de cadeaux, il avait encore reçu des coups. Lui, l’enfant adopté par un couple bien pensant et à l’aise dans la vie mais tourmenté par un désir d’enfantement non assouvi. Lui, qui avait vécu heureux, choyé et aimé. Enfin, le pensait t’il, jusqu’au jour où, celle qui se disait sa mère avait réussit au bout de quinze ans à avoir un enfant. Le miracle s’était produit au moment où on ne l’attendait plus. Quoi de plus beau que ce petit bébé, ce cadeau tombé du ciel. Pierre était si content de ce petit frère ! Ses parents l’avaient appelé Lucas car cela voulait dire lumière.
Quand il ouvrait les yeux, Pierre voyait danser des milliers de particules lumineuses. Son regard …Un feu d’artifice dans un océan de tendresse.
Mais Lucas avait pris la place de Pierre. Lucas, c’était leur enfant, celui voulu depuis toujours. Pierre n’existait plus sauf pour servir de défouloir, de rebut, pour recevoir les coups et les mauvais traitements, tous les sentiments inavouables dont on veut se débarrasser. Pierre n’avait plus sa place dans le cœur de ses parents.
Alors, sa joie envers son frère s’était transformée en un immense sentiment de haine, de dégoût. Lucas, ce petit être si fragile et en même temps si puissant, Lucas source de son malheur devait disparaître.
Ce soir là, quand tout le monde dormait, Pierre était entré dans la chambre de son frère et avait posé un oreiller sur sa tête. Il n’avait pas appuyé très fort. Juste un petit peu. Un bébé, c’est si fragile…
Ensuite, il était allé se recoucher.
Le lendemain matin, ses parents horrifiés avaient découvert le bébé inanimé dans son lit. L’enquête avait conclu à la mort subite du nourrisson.
Pierre n’avait jamais été inquiété. N’était-il pas incapable de faire de mal à une mouche ?
Ses parents, effondrés, lui avaient redonné un peu d’affection et avaient cessé de le frapper. Mais depuis, il vivait avec un couteau planté dans le cœur.
Pierre s’était confié à Julie….Mais pourquoi cette irrémédiable faiblesse. L’amour, bien sûr.
Qu’allait-il devenir, elle seule savait…Il était un criminel. Si elle parlait, il était fichu.
Oui, il l’aimait. Mais elle l’avait trahi. Soigne t-on un oiseau blessé pour lui casser les ailes lorsqu’il peut à nouveau voler ? C’était pire que de le laisser mourir. L’indifférence fait mal, mais détruire un être après lui avoir redonné l’espoir de vivre…
Car c’était bien de cela dont il s’agissait. Julie, sa petite Julie, avait fait de lui sa chose. Et elle croyait qu’elle pouvait le jeter quand elle n’en aurait plus envie ! Un simple jouet.
C’était trop facile. Pierre n’était pas méchant, mais l’humiliation était la seule blessure qu’il ne supportait plus. Un plat trop souvent servi. Un goût trop connu. On pourrait dire un dégoût.
Elle ne pouvait pas partir. Elle allait comprendre, il en était sur… Ses yeux étaient si clairs.
Pierre tourna sa tête lentement vers la bouteille au dessus de l’armoire. Pourquoi luttait-il ainsi contre le plaisir. Elle voulait partir. Elle s’en foutait qu’il crève. Se laisser aller…Encore une fois…
Le liquide bienfaisant inonda son être et un bonheur intense le submergea. Il s’assit sur le lit quelques instants. Puis, très vite, son esprit devint limpide, son corps léger. Mue par une détermination soudaine, il se leva.
Il n’avait plus une minute à perdre, son avenir était entre ses mains.
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