Vendredi 19 août 2011 5 19 /08 /Août /2011 18:42
 
Mon tout petit, mon coeur,
N'aie pas peur du bonheur.
Mon tout petit, mon coeur,
Laisse couler ton chagrin,
Blotti contre mon sein.

Tu vas voir, ce n'est rien.
Et puis, tes devoirs
Laisse-les pour demain.

Efface le tableau noir
De ta peine du soir.

Vas-y mon petit ange,
Laisse aller la craie blanche,
Montre à Maman
Ce rêve étrange.

Mais dis donc,
Tu te débrouilles très bien.
Mais pourquoi cet enfant
Dans la forêt très loin.
Et cette dame qui tient
Un bébé par la main.

Mon tout petit, mon cœur,
Oublie l'arithmétique.
Qui t'as dis que l'amour
Etait mathématique?
On peut le partager
Mais pas le diviser.
Et quelque soit le nombre,
Il reste toujours entier.

Rassure-toi, trésor,
Et souris-moi encore.
Je t'aime très très fort.
Et comme l'enfant,
Qui dans mon ventre attend,
L'amour, de jours en jours,
Devient un peu plus grand.
Par Sophie Aguillé - Publié dans : poesies - Communauté : Trouvères et troubadours
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Mercredi 17 août 2011 3 17 /08 /Août /2011 09:12
Le jour commençait à filtrer à travers les volets clos. Il devait faire beau dehors. Les minces fentes du bois laissaient passer des rayons de lumière vive qui se diffractaient à travers les infimes particules de poussière en suspension et leur permettaient d’apparaître par milliers.
Etonnant, comme un simple rayon lumineux pouvait transformer l’invisible néant à la visible matière.
Etendu sur le lit, les jambes au-dessus du drap défait, Pierre regardait danser les particules dans le faisceau doré. Il n’avait pas dormi. Pourtant, il s’était couché tard. Mais cette nuit, comme les deux précédentes, il n’avait pas eu de repos.
Ne pas s’avouer vaincu, surtout pas, ne pas abandonner. Il aurait en effet été facile de se saouler ou bien de se droguer, mais cela n’aurait rien résolu. Pierre savait qu’il ne pouvait se le permettre. Après sa cure de désintoxication il y avait deux ans, le médecin lui avait bien dit :
« Plus une goutte d’alcool sinon… »
Ne pas craquer…. Pourtant, sa tête allait exploser. Il sentait un grand vide, là, près de l’estomac. Un vide vertigineux qui l’attirait vers le fond. Un gouffre et lui, se trouvait sur le bord, le corps arque bouté en arrière et résistant de toutes ses forces pour ne pas tomber. Ne pas tomber !
La bouteille, elle, était là. Bien pleine, belle, comme une femme qui vous aguiche et qui fait des manières. Elle le provoquait. Pierre n’osait s’attarder sur elle. Ne pas la regarder. Non, surtout, ne pas la regarder. C’était une empoisonneuse, une fille de joie qui n’en valait pas la peine. Il l’avait posé très loin, de façon à ne pouvoir l’atteindre d’une main. Elle trônait au-dessus de l’armoire, face à lui, tout en haut.
Et lui, il était au dernier sous-sol. Dans le noir depuis deux jours. Sans manger et sans boire, lutant désespérément contre cette terrible angoisse, ce sentiment de mort, de désastre qui l’avait envahi quand elle avait prononcé avec un air triste que démentait la lueur joyeuse de ses yeux « je te quitte »
Elle allait se donner à un autre. Ce que lui n’avait jamais pu avoir, ce qu’elle refusait de lui offrir, l’autre en serait gratifié tous les jours. Le don de soi, l’amour …
Et pourtant, lui, Pierre, avait donné sa vie à Julie, mais ce n’était sans doute pas suffisant.
Depuis leur rencontre dans le métro alors qu’il sortait de sa cure et qu’il avait failli la faire tomber en la bousculant, depuis qu’il avait croisé ses beaux yeux clairs, si clairs qu’il se serait noyé dedans.
Il avait arrêté de boire, elle lui avait dit qu’il fallait qu’il croie en lui, qu’elle l’aiderait mais qu’il devait se prendre en mains et ne pas se laisser aller. Il s’était confié. Il lui avait raconté son histoire. Et pourtant, jamais, il n’aurait cru en être capable.
Maintenant, sa vie était entre ses mains. Elle savait… Elle savait qu’un jour de décembre, il avait fait une chose inimaginable, monstrueuse, si terrible que rien que d’y penser, le cœur lui manquait.
Un jour de décembre, alors qu’il venait d’avoir quinze ans, un jour où, au lieu de cadeaux, il avait encore reçu des coups. Lui, l’enfant adopté par un couple bien pensant et à l’aise dans la vie, mais tourmenté par un désir d’enfantement non assouvi. Lui, qui avait vécu heureux, choyé et aimé. Enfin, le pensait-t’-il, jusqu’au jour où, celle qui se disait sa mère réussit au bout de quinze ans à avoir un enfant. Le miracle s’était produit au moment où on ne l’attendait plus. Quoi de plus beau que ce petit bébé, ce cadeau tombé du ciel. Pierre était tellement content de ce petit frère ! On l’avait appelé Lucas, car cela voulait dire lumière.
Quand il ouvrait les yeux, Pierre voyait danser des milliers de particules lumineuses. Son regard … Un feu d’artifice dans un océan de tendresse.
Mais Lucas avait pris la place de Pierre. Lucas, c’était leur enfant, désiré depuis toujours. Pierre n’existait plus sauf pour servir de défouloir, de rebut, pour recevoir les coups et les mauvais traitements, tous les sentiments inavouables dont on veut se débarrasser. Pierre n’avait plus sa place dans le cœur de ses parents.
Alors, sa joie envers son frère s’est transformée en un immense sentiment de haine, de dégoût. Lucas, ce petit être si fragile et en même temps si puissant, Lucas source de son malheur devait disparaître.
Ce soir là, quand tout le monde dormait, Pierre était entré dans la chambre de son frère et avait posé un oreiller sur sa tête. Il n’avait pas appuyé très fort. Juste un petit peu. Un bébé, c’est si fragile…
Ensuite, il était allé se recoucher.
Le lendemain matin, ses parents horrifiés avaient découverts le bébé mort dans son lit. L’enquête avait conclu à la mort subite du nourrisson.
Pierre n’avait jamais été inquiété. N’était-il pas incapable de faire de mal à une mouche ?
Ses parents, effondrés, lui avaient redonnés un peu d’affection et avaient cessé de le frapper. Mais depuis, il vivait avec un couteau planté dans le cœur.
 
Pierre s’était confié à Julie….Mais pourquoi cette irrémédiable faiblesse. L’amour, bien sûr.
Qu’allait-il devenir, elle seule savait… Il était un criminel. Si elle parlait, il était fichu.
Elle ne pouvait pas partir. Elle reviendrait et il irait se noyer dans ses yeux clairs…
 
Pierre tourna sa tête lentement vers la bouteille au- dessus de l’armoire, essaya de se lever et après deux essais vains, se dirigea en chancelant vers celle qui ne le trahirait pas. D’une main tremblante, il saisit la bouteille et la bu d’une traite. Pourquoi lutter. L’alcool serait désormais son seul réconfort.
 
 
Par Sophie Aguillé - Publié dans : nouvelles - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 17 août 2011 3 17 /08 /Août /2011 09:09
Minuit …Une jeune femme venait d’être amenée par les pompiers à l’hôpital le plus proche, celui de Nice, service des urgences.
On avait d’abord cru qu’elle était morte. Mais, contre toute attente, son cœur continuait de battre. Elle avait été extraite de la carcasse de sa voiture, encastrée sous un camion, par l’équipe de secours qui avait eu la stupeur de constater que son corps était sauf.
Protégée de l’écrasement grâce à son airbag, seule sa tête avait souffert. Son visage était intact mais s’écoulait un filet de sang de son oreille gauche. Hémorragie cérébrale.
Plongée dans un coma profond, elle avait été opérée d’urgence dans le service des polytraumatisés.
Le chirurgien de garde qui ce soir là s’était occupé d’elle, avait dû travailler douze heures.
Douze heures sur la table d’opération, à lutter contre cette hémorragie qui comprimait le cerveau et perturbait ses fonctions vitales. La sueur coulait le long de son masque, gagnait le cou, inondant sa tunique .Penché au dessus de la tête de la jeune blessée, il avait peur…
Peur de son impuissance à la sauver, convaincu qu’un échec, cette nuit, lui ôterait définitivement l’envie d’opérer.
Lucie (c’était son prénom) devait vivre .Son visage dégageait trop de détermination, trop d’énergie, pour abandonner la partie. Il allait l’aider du mieux qu’il pourrait, même si la fatigue l’envahissait, même si la contracture musculaire ressentie au niveau des épaules, l’obligeait à serrer les lèvres pour ne pas crier. Il fallait rester calme surtout, et ne pas se laisser envahir par une fébrilité mettant en péril ses chances de réussir. Assister impuissant, à l’agonie des êtres et ne pouvoir les sauver lui était devenu insupportable. Ses mains, pourtant, avaient accompli des miracles mais depuis quelques temps, il n’était plus sûr de rien. Le doute, tel un termite, creusait ses sillons et ravageait lentement le cœur de ses certitudes sans en laisser paraître aucune trace extérieure. Le doute, avait enfin prise sur lui. Vulnérable, il était vulnérable !
L’opération se terminait avec succès. Julien regarda sa montre, abruti de fatigue et d’angoisse. Lucie était entrée à minuit et il était bientôt midi ! Son travail achevé et ne pouvant plus rien pour elle, Julien se permit de poser son regard sur son visage. La forme ovale, douce mais sans mollesse, le nez fin, la bouche sensuelle et volontaire lui plaisaient. Il avait envie d’en connaître plus. Lucie était belle et se dégageait d’elle, une surprenante force, qui lui donnait envie de pénétrer dans ses pensées, de se lover dans son intimité, d’être acteur de sa renaissance. Il sentit monter en lui un désir, vite réprimé par une violente douleur dans le bas ventre. Chassant avec dépit de son esprit, ses idées vagabondes, Julien s’obligea à ne penser qu’à l’état de santé de sa patiente. Une angoisse soudaine lui assécha la gorge. Comment la trouverait-il à son réveil ? Aurait-elle toutes ses facultés mentales ? C’était peu probable.
Elle avait survécu à l’opération. Mais une petite partie du cerveau avait été touchée. Le lobe occipital gauche dans lequel la mémoire visuelle se construit avait été lésé. Heureusement, le cortex profond et la partie limbique étaient intacts. Cela signifiait une amnésie rétrograde. Lucie ne se souviendrait pas de son passé. Même son prénom lui serait étranger. Pourtant, « Lucie » c’était joli. Il aimait bien. Elle allait naître une seconde fois. Ce serait sûrement terrible, mais Julien l’enviait. Pouvoir tout recommencer, faire table rase du passé, reconstruire…Un être neuf, libéré d’une conscience devenue trop lourde à porter, prisonnier de ses doutes, enfermé dans ses certitudes. Ne connaître ni amis, ni ennemis ! Qu’aurait-il donné pour être à sa place ! Il était las des éternels coups bas qu’il subissait tous les jours, conséquence inévitable de sa réussite professionnelle et sociale. Même sa vie sentimentale était un succès. Enfin,  jusqu’à un passé encore très récent. Mais le vent était en train de tourner. Tout allait trop bien. Le ciel s’assombrissait et se faisait menaçant. L’horizon se fermait …
Après avoir conduit Lucie en salle de réveil, Julien sorti exténué de l’hôpital, non sans avoir salué la nouvelle équipe du matin. Il démarra sa BMW sport de sa place réservée et comme le temps était clément en cette fin de printemps, il déplia le toit décapotable et prit la direction du centre de la ville .L’air frais fouettant son visage le rasséréna. Il décida de ne pas rentrer tout de suite chez lui et de faire un tour sur le bord de mer. Garant sa voiture avec difficulté, les places de parking se faisant rares à cette heure de la journée, Julien entreprit de marcher sur la plage. Midi sonnait à l’horloge de l’église, les passants rentraient pour déjeuner et il se retrouva seul.
Enlevant ses chaussures, enfouissant avidement ses pieds nus dans le sable devenu brûlant sous la chaleur du soleil, il sentit un bien-être pénétrer instantanément par les pores de sa peau. Qu’il aimait cette sensation, à la limite du supportable ! Cet instant, ce point d’équilibre précaire entre le bien-être et la souffrance. Se tenir tout près de ce qui fait mal pour en avoir conscience mais ne pas y tomber ! Ne pas y tomber… un luxe maintenant, qu’il ne pouvait plus s’offrir.
En marchant sur le sable, un sentiment de liberté l’envahit. Pourquoi revenir chez lui, retrouver son quotidien, ses habitudes et ses ennuis ? Pourquoi subir toutes ses contraintes ?
Mais il était un homme responsable. Sa femme, Louise, maîtresse de maison accomplie, comptait sur lui. De dix ans plus jeune et d’une grande beauté, elle consacrait sa vie à son mari et à leurs deux fils, âgés de cinq et sept ans. Julien n’avait rien à lui reprocher et c’est bien cela qui clochait. Trop parfaite… et ses trop nombreuses qualités lui rappelaient sans cesse, ses insuffisances à lui. Cela l’exaspérait et il s’en voulait d’en être irrité. Manque d’humilité, un défaut de plus. Il n’arrivait même pas à lui dire, les quelques mots qu’elle attendait ardemment, les mots qui auraient permis à Louise, de ne pas douter de son amour.
Julien  était sous le feu des projecteurs. Chirurgien réputé, sa notoriété dépassait les frontières de la France et passer entre ses mains, pour bon nombre de malades relevait presque d’un miracle. Lucie avait eu cette chance. Le hasard… Son collègue de garde, qui aurait dû l’opérer, malade ce jour là, aurait lui, certainement échoué. C’était prétentieux de penser cela, mais il en était convaincu. La chirurgie n’était-elle pas le seul domaine dans lequel il avait  des certitudes ? L’excellence. Jusqu'à présent, il en éprouvait une certaine suffisance, d’ailleurs un peu trop visible aux yeux de son entourage. Mais maintenant non, ce n’était plus possible. La peur de ne plus être capable de rester maître de ses mains, comme de tout son corps, d’ailleurs, l’annihilait.
Rongé par un mal sournois et destructeur, le grand chirurgien, Julien Paris, était atteint au sommet de sa gloire, et sa vanité ne résistait pas à cette terrible vérité ignorée de tous ….y compris  de sa femme. Le verdict était tombé comme un couperet : cancer des testicules.
Depuis quelques temps, il ne réussissait plus à combler Louise.  Son érection était incomplète et douloureuse. Il avait rapidement consulté, très angoissé. Cependant, prétextant une infection passagère, il avait persuadé sa femme qu’il ne fallait pas s’inquiéter. Tout reviendrait dans l’ordre dans quelques semaines. L’avait-elle cru ?
 Louise….comment lui annoncer l’inavouable….c’était impossible.
Une saleté, ce cancer. Chaque bouffée de désir, lui infligeait une douleur insupportable. Il venait d’en avoir encore un exemple tout à l’heure.
La chimiothérapie commençait demain. Pourrait-on le guérir ? Résisterait-il à la fatigue, physiquement et psychiquement ? Il allait maigrir et devoir accepter une image de son corps dégradée, indésirable, pendant toute la durée du traitement. Et ensuite, retrouverait-il ses facultés sexuelles ? Il en doutait, malgré les affirmations de son ami cancérologue en qui il avait toute confiance. Car c’était son ami et Julien pensait qu’un ami médecin ne vous enlève pas l’espoir, essentiel à toute guérison.
Combien de malades, atteints de cancer, avait-il opéré en vain ? Cependant, il s’agissait des autres ! Il ne pouvait admettre que maintenant, c’était son tour. Et en plus, placé à cet endroit !
Alors que ses mains accomplissaient des miracles et sauvaient des êtres, son sexe n’était plus capable de donner ni vie, ni plaisir. Paradoxe insupportable ! Sa fierté virile était atteinte et tout son être était submergé par une vague de honte qui déferlait avec force sur son corps meurtri, diminué, s’immisçant en profondeur, et obligeant ses épaules et son dos, à se courber sous son joug. Tous ceux qui l’admiraient, ne pouvaient savoir à quel point il se sentait indigne et ne pouvaient imaginer la souffrance qu’il endurait.  Louise pour l’instant lui était fidèle. Mais pour combien de temps ? Elle n’avait pas d’amant, affirmant que l’acte sexuel ne lui manquait pas. Julien ne pouvait la croire, lui qui en souffrait tellement. Lui mentait-elle pour ne pas l’accabler, ou bien, n’avait-elle jamais été comblée ? Il avait du mal à le concevoir, elle qui en redemandait toujours, elle qui passait des nuits entières à lui faire l’amour au début de leur rencontre. Non, il ne fallait pas douter de Louise, pas maintenant. Il fallait s’accrocher à son amour, de toutes ses forces, pour rester vivant et ne pas sombrer dans ce gouffre qui le tirait vers le fond.
En passant la main dans ses cheveux grisonnants, Julien se rappelait ce passé lointain où, jeune homme, il courrait d’aventure en aventure.
Il revoyait avec une étonnante précision sa dernière conquête de célibataire. L’étudiante conduite dans sa chambre, un soir d’été où la chaleur était écrasante. Il logeait alors sous les toits, boulevard Saint Germain, dans une chambre de bonne. Tous deux avaient monté quatre à quatre, l’escalier(qu’il trouvait en temps ordinaire plutôt raide) et fait l’amour derrière la porte, par terre, ne pouvant attendre plus longtemps. Un tic nerveux lui contracta la paupière, comme à chaque fois qu’une émotion forte l’assaillait, en pensant à ses exploits d’alors. Cette nuit là, il avait battu son record. Oui, six fois de suite, ce n’était pas si mal. Pavoisant comme un jeune coq, ne doutant pas une seconde de sa puissance de jeune mâle. Comment imaginer qu’elle allait brusquement se tarir. Le cancer ….C’ était arrivé si vite. Bientôt, il ne serait plus un homme, seulement un être vivant asexué. Non, il ne voulait pas, non, il ne pouvait pas. Sur ce point là, au moins, il n’y avait pas de doute ; ne pouvoir assouvir son désir réduisait l’homme au néant.
Lucie …Le visage de la jeune femme le troublait. Il aimait Louise, mais Lucie, comme lui, était diminuée. Comme lui, elle avait perdue une part d’elle-même. Elle ne pourrait se raccrocher à son passé et devrait tout reconstruire. Mais elle aurait la chance de ne pas connaître la souffrance que les souvenirs infligent. Dans quelques heures, elle allait se réveiller et affronter la vie. Non, il ne pouvait se laisser abattre comme un vieux chêne vermoulu. Il resterait debout. Comme Lucie, il allait se battre contre la mort et sortirait vainqueur. Entier, il le resterait, et le mal extirpé de son corps, ne serait bientôt plus qu’un mauvais souvenir, que sa mémoire sélective oublierait au plus profond de sa conscience.
Julien se passa la main sur le visage, comme pour effacer son angoisse et se mit à courir sur la plage. Il ne pensait plus à rien, juste mettre une jambe devant l’autre. Avancer. Courir, courir, pour ne pas mourir, sentir qu’on est vivant, suffoquer sous l’effort, transpirer, souffrir, et puis crier, crier à la terre entière son désespoir, son espoir ….
A bout de souffle, se laissant tomber à genoux , les cheveux dans les yeux, mouillant le sable de petites gouttes d’amertume et de sel, le chirurgien, Julien Paris, hurla à la mer, au vent, au soleil, les mots que jamais, il n’avait réussi à dire :
« Louise…, s’il te plait, attend-moi. Louise…je t’aime.
 Je t’aime. »
Une frêle silhouette, au loin, immobile, lui souriait.
 
Par Sophie Aguillé - Publié dans : nouvelles - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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