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Robert : Trader dans une banque
Hélène : Mère au foyer
Scène 1
Hélène enfile une robe pour sortir dîner chez des amis. Robert est assis dans un fauteuil, décontracté et lit le journal en souriant.
HELENE.-Se regarde dans une glace. Je n'ai vraiment rien à me mettre. Ce n'est pas possible ! Elle est affreuse, cette robe. J'ai l'air d'une caissière d'intermarché. Tu m 'écoutes ?
ROBERT.- Oui ma chérie.
HELENE.- Oui, quoi ! Tu trouves que je ressemble à une caissière, c'est ça ! Si j'avais un peu plus d'argent sur mon compte, je pourrai m'acheter de vrais robes, pas des guenilles.
ROBERT.- Mais, ma chérie, tu sais bien que tu disposes de tout ce que j'ai.
HELENE.- C'est bien ça le problème. On voit vite le fond. Je me demande pourquoi je t'ai épousé. Ton copain, Alain, il se débrouille bien mieux que toi.
ROBERT.- Qu'est ce qui te fait dire ça ?
HELENE.- Il suffit de regarder leur train de vie. Lise ne s'habille qu'en Chanel. Pourtant, Alain a commencé comme toi et il fait le même métier. Seulement, il y a ceux qui savent prendre des risques et les poules mouillées.
ROBERT.- Je suppose que tu me classes dans les poules mouillées ?
HELENE.- Quelle perspicacité !
ROBERT.-Seulement, Alain ne s'intéresse pas à toi.
HELENE.- En minaudant.Détrompes toi, il m'apprécie beaucoup...
ROBERT.- AH oui?
HELENE.- Mais j'ai toujours refusé ses avances. Je me demande si j'ai bien fait.
ROBERT.- Ne répond pas.
HELENE.- Tu te fous de ce que je dis !
ROBERT.- Mais non. Que veux-tu que je réponde ?
HELENE.- Tu pourrais être jaloux. En fait, ça t'es égal, tu ne m'aimes pas.
ROBERT.- Mais si.
HELENE.- Vexée. Dépêche toi de t'habiller au lieu de rester vautré dans le fauteuil! On va etre en retard.
ROBERT.- Se levant. Même en retard, on est toujours en avance chez les Castex. Il commence à mettre un costume. Il a l'air content de lui et sourit.
HELENE.- Pourquoi souris-tu tout le temps ? Il n'y a rien qui m'insupporte plus. C'est ce que je déteste de loin chez toi. Tu es toujours content. D'ailleurs ce n'est pas pour rien que tu dis toujours « ça me va » Ce n'est pas normal. Les gens respectables ont tous des problèmes. Et plus on a de responsabilité, plus on a de problèmes.
ROBERT.- Et comme moi je dors la nuit sans somnifères, que je me réveille le matin frais comme un gardon et que j'ai le sourire aux lèvres, je suis un irresponsable. Un pauvre type quoi!
HELENE.- Je n'ai jamais dis ça !
ROBERT.- Non, mais tu le penses si fort.
HELENE.-Tu ne sais pas ce que j'endure tous les jours. Dès que j'ai le dos tourné, mes amies se moquent de moi.Je passe pour la femme d'un bienheureux. On m'appelle" Sansblème". Je ne le supporte plus.
ROBERT.- Cà c'est un comble ! Quand on arrive à gérer ses conflits personnels sans en affecter le monde extérieur, lorsque l'on paraît serein et de bonne humeur,
on est jugé comme un bon à rien. Le monde tourne à l'envers !
HELENE.- Ce qui compte, ce n'est pas ce que l'on est mais ce que l'on paraît être. L'important, c'est le jugement des autres, comment on est perçu. Et je ne veux pas être cataloguée comme la femme d'un homme simple.
Regarde Alain, il paraît toujours préoccupé, le visage tendu. C'est un être complexe et intelligent. Je t'en prie, ce soir, ne me fais pas honte. Il faut qu'on y aille, on va être très en retard. Dépêche toi d'aller chercher la bouteille de champagne. Je l'ai mise au réfrigérateur. Du Moet et Chandon en promo.
ROBERT.-Toujours souriant.Je te trouve très jolie dans cette robe. Il l'embrasse.
HELENE.-Le repousse. Arrête, ce n'est pas le moment !
ROBERT.- Soupire. Ce n'est jamais le moment.
HELENE.- Ce n'est pas de ma faute si ma libido bat de l'aile.
ROBERT.- Cela va sans dire, j'en suis le seul responsable. Je vais chercher la bouteille. Il sort.
Scène2
HELENE.- Ramasse le journal sur le fauteuil et lit distraitement puis s'arrête interloquée.
Elle lit à haute voix. « Un trader mis en examen pour spéculations financières ayant fait perdre à sa banque trois milliard d'euros. Chute vertigineuse des cours. Le C.A.C 40 dévisse. La crise financière bat son plein. Les marchés ont perdu leurs repères. Dans ce marasme économique, une nouvelle profession voit le jour et tire son épingle de ce jeu spéculatif impitoyable : « Psychanalyste spécialisé pour traders » Tous ces drogués de « l'effet de levier » arriveront-ils à avaler la pilule de la sécurité ? »
Qui c'est ce trader ? Il faut que je me renseigne. Ils n'ont pas mis le nom. J'espère que ce n'est pas Alain. Non, ce n'est pas son genre . Il est bien trop intelligent. Des petites opérations... Ca passe inaperçu mais au bout du compte, ça rapporte gros. Quand même, il va être obligé de faire très attention. Lise va lui faire une vie d'enfer. Elle n'en a jamais assez. Au moins, avec Robert, je suis tranquille.
C'est un trouillard. Jamais il ne s'éloignerait du droit chemin.
Scène 3
ROBERT.- Revient avec la bouteille de champagne.. Je suis prêt, on y va.
HELENE .- Le journal entre les mains. Tu le connais, le trader qui a détourné trois milliards ? Une banque française. Le journaliste n'a donné aucun nom, c'est bizarre.
ROBERT .- En effet ! J'essaierai d'en savoir plus Lundi. De toutes façons, qui que ce soit, c'est bien fait pour sa pomme. Ces jeunes coqs, ils se prennent pour des aigles mais il leurs manque l'envergure. A peines ont-ils décollés qu'ils s'écrasent sur le sol. Tu vois, il vaut mieux un mari comme moi. C'est plus sur. Pauvre Alain,
Je crains fort qu'il ne soit mêlé à cette magouille.
HELENE.- Qu'est-ce qui te fais dire ça ? Ils n'ont cité aucun nom. Tu es au courant, n'est-ce pas ? Tu le savais ! C'est la banque dans laquelle Alain travaille, la C.I.G? c'est ça ? Soudain charmeuse. Tu as raison, tout compte fait, elle me va pas mal cette robe. Elle lui passe les bras autour du cou. C'est dommage que l'on soit déjà en retard. Tu es très sexy dans ton costume.
ROBERT.- Qu'est-ce qui te prend, ta libido revient ?
HELENE.- Oh! Tu sais, les femmes. Il vaut mieux ne pas chercher à comprendre.
ROBERT .- Tu n'es plus attirée par le genre spéculatif ?
HELENE.- Souriant. Je crois que c'est devenu ringard. On tourne la page..
ROBERT.- Tu as raison. Surfer sur la vague, c'est bien joli, mais il ne faut pas que l'écume se transforme en bouillon! On ne peut pas gagner à tous les coups! Quand on joue à la roulette russe, il faut savoir qu'un jour ou l'autre, on prend une balle en pleine poire.
HELENE.- Pourquoi ne me l'as tu pas dit? Et toi, tu es sûr que tu ne risques rien?
ROBERT.- Rassure toi, la C.I.G et ma banque, la B.L.A.T non rien en commun. Je travaille pour un établissement respectable qui ne prend pas de risques inconsidérés. Et cette fois-ci, j'espère que tu vas reconnaître que ça n'a pas que des inconvénients. Peut-être recevrais-je quelques éclaboussures mais sans gravité.
HELENE.- Mon chéri, je t'adore! J'ai toujours su que je pouvais avoir confiance en toi. Elle l'embrasse. Je n'ai pas envie d'aller dîner chez les Castex. En plus, je ne sais pas de quoi on va parler. Ils vont faire une tête d'enterrement.
ROBERT.- Je vais leur téléphoner que l'on a eu un empêchement. Je reviens dans une minute. Il sort.
Scène 4
Le téléphone portable d'Hélène se met à sonner.
HELENE.- Allô, Lise ? Justement, je m'apprêtais à t'appeler . Tu vas bien ? Parfaitement ? Et Alain... En pleine forme . Ah... Il vient de t'offrir un diamant...Non, non, je ne suis pas bizarre. Je suis un peu fatiguée. En fait, je voulais te prévenir que je ne pourrai pas venir dîner ce soir . Oui, je sais, c'est dommage. J'ai une migraine. Je t 'embrasse. Excuse moi. A bientôt....
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