Jeudi 26 juin 2008

 

Nathalie avait attendu Julie toute la nuit. Elles s’étaient appelées vers 21 heures et Julie, de sa voiture, lui avait assuré qu’elle arriverait dans une petite heure, que tout allait bien. Cependant, Nathalie avait perçu la fatigue dans la voix de son amie. A une heure du matin, sans nouvelles, elle l’avait rappelé sur son téléphone portable mais sans succès. Très inquiète, Nathalie était sûre qu’il lui était  arrivé quelque chose. Julie avait demandé à Nathalie de l’héberger provisoirement. C’était urgent. Sans lui expliquer clairement, elle lui avait fait comprendre qu’elle se sentait menacée. Pourquoi ce départ précipité ? Toutes deux étaient amies depuis longtemps. Elles avaient effectué leur scolarité ensemble, de la maternelle jusqu'à la fac de médecine de Paris V et avaient toutes deux été reçues avec mention bien. Mais Julie s’était orientée vers la recherche alors que Nathalie avait ouvert un cabinet de généraliste à Toulon.

Ses parents étaient de la région et le soleil lui manquait. Bien qu’éloignées l’une de l’autre, elles n’avaient jamais perdu le contact et se téléphonaient régulièrement. Pourtant, elles se disputaient souvent, ayant des caractères diamétralement opposés. Nathalie avait tendance à laisser les évènements venir et ne cherchait pas à s’y soustraire. Julie quant à elle, se frayait un chemin, coûte que coûte, fût-il rocailleux et plein d’épines. Elle ne supportait pas d’être spectatrice. Elle se devait d’agir. Nathalie admirait sa force et sa détermination. Aussi, devinait-elle, qu’un évènement d’importance majeure, poussait Julie à traverser toute la France, pour se cacher chez elle.

Julie lui avait parlé de Pierre. Elle lui avait dit qu’elle en était amoureuse, qu’il l’attirait terriblement bien qu’elle eu conscience qu’il n’était pas fait pour elle. Pierre avait souffert dans son enfance, il avait du mal à se reconstruire. Il était dépressif et s’adonnait facilement à la boisson. Cela le rendait parfois violent et de plus en plus souvent, il la frappait sans raison. Nathalie l’avait encouragée à le quitter mais Julie affirmait que sans elle, il ferait des bêtises. Elle se sentait responsable de lui. Quelle stupidité ! S’il ne pouvait s’assumer lui-même, personne ne pouvait le faire à sa place. C’était comme vouloir faire tenir une marionnette debout en ayant coupé les fils qui la retenaient. Mais Julie était ainsi et Nathalie savait bien qu’il était inutile d’essayer de la raisonner.

Nathalie, les yeux gonflés de fatigue regarda sa montre. Il était six heures du matin. Maintenant, elle était certaine que quelque chose de grave s’était passé. Il fallait appeler la police.

Elle se fit rapidement un café fort et attendant qu’il passe, alluma distraitement la télévision.

Elle buvait son café chaud à petites gorgées quand elle entendit soudain le présentateur parler d’un terrible accident sur la nationale. Une jeune femme avec une wolswagen bleue s’était encastrée sous un camion la veille vers 23 heures. Elle avait été transportée d’urgence à l’Hôpital de Toulon où ses jours ne semblaient plus en danger malgré un sérieux traumatisme crânien. L’identité de la jeune femme ne pouvait être révélée car ses papiers avaient brulés dans l’explosion qui avait suivie. Le présentateur appelait toute personne la connaissant à venir faire une déclaration au commissariat de police de Toulon. Un reportage suivait. Nathalie, immobilisé, s’était arrêté de boire, la tasse de café au bord des lèvres. L’image sur l’écran montra soudain le visage de Julie ensanglanté et inconsciente. Son cœur se mit à battre. Ses mains devinrent moites et elle se mit à trembler. Le café se renversa sur le canapé blanc et goutta sur le tapis. Elle resta ainsi immobile plusieurs minutes puis lentement, décrocha le téléphone et appela la police…

Oui, elle reconnaissait formellement Julie sur les photos. Elle voulait la voir immédiatement. Le policier qui lui répondit la convoqua au commissariat et lui précisa que l’accès à l’Hôpital lui serait interdit tant qu’elle n’aurait pas répondu à toutes leurs questions.

Nathalie était au commissariat depuis trois heures. Une heure et demi d’attente avant de la recevoir et une heure et demi d’interrogatoire.

Résignée, elle répétait à l’inspecteur Legrand ce qu’elle avait déjà dit à son adjudant,  une heure avant. Son amie s’appelait Julie Pages, était née le 4 Décembre 1970, habitait en région parisienne, à Juvisy sur orge. C’était son amie d’enfance et Julie était partie à Toulon pour la voir. L’inspecteur assis en face d’elle, l’écoutait calmement. Il savait qu’elle disait la vérité grâce au petit carnet d’adresse que la police avait retrouvée dans la voiture, mais il ne mentionna pas cet élément. Il voulait voir si Nathalie n’allait pas lui apprendre des faits nouveaux.

Il était en fin de carrière et son instinct était infaillible. Il sentait qu’il y avait anguille sous roche. Son téléphone portable sonna. Il répondit avec agacement, il n’aimait pas être dérangé pendant les interrogatoires. Nathalie vit son visage exprimé la surprise, mais il se contrôla très vite et repris son air renfrogné. Il ne fallait surtout pas qu’il laisse filtrer ses sentiments. Un visage de marbre, c’était cela sa force. Son adjudant avait découvert sous le siège passager avant de la voiture de Julie, une thermos remplie de café. Bien sûr, on l’avait fait analyser. Résultat : forte dose de Valium. L’accident était prémédité. C’était  un meurtre. L’assassin avait réussi son coup en quelque sorte puisque Julie avait perdu la mémoire.  On venait  en effet de lui annoncer que Julie avait été opérée avec succès mais qu’elle était amnésique. Il fit signe à Nathalie que l’interrogatoire était terminé et qu’elle pouvait rentrer chez elle à condition de rester à la disposition de la police. Il la rappellerait plus tard. Maintenant, il était urgent de protéger Julie. L’assassin savait par les médias qu’elle était vivante mais ignorait son état et il ne manquerait pas d’essayer de la supprimer une deuxième fois. Il ne fallait pas lui apprendre que la jeune femme était amnésique. L’attirer à Toulon et le coincer, voilà comment il fallait procéder ! Mais c’était très risqué. La vie de Julie était en jeu.

Il allait poster ses gars discrètement dans l’hôpital pour la protéger. Qui avait intérêt à ce que cette jeune femme disparaisse ? L’enquête s’avérait difficile mais il en avait vu d’autres. Il se frotta les mains de satisfaction. Enfin, une affaire qui allait le sortir de la routine habituelle. Pas question de la transmettre à la criminelle, pas encore. Il allait garder les informations pour lui et ainsi, aurait une longueur d’avance.

Cela leur apprendrait à le sous-estimer. Il allait montrer à tous ces incapables de quel bois il se chauffait.

Après avoir reconduit Nathalie, il s’assit dans son large fauteuil en cuir et les pieds sur le bureau, le sourire aux lèvres, il s’alluma un cigare qu’il fuma avec délectation.

 

par Sophie Aguillé publié dans : roman communauté : L'écriture dans tous ses états
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Jeudi 19 juin 2008

 

 

Pierre s’était levé avec détermination. Avalant avec avidité un bol de café et deux tartines beurrées, il avait ensuite pris une douche tiède. Les deux  jours d’abrutissement passés à se lamenter avaient sali son corps et son esprit. Il était temps de laver à grande eau sa peau moite et ses idées noires. La douceur de l’eau savonneuse ruisselant sur son corps lui fit du bien. Ses muscles se détendirent. Il redressa son dos et déploya sa taille en étirant ses bras vers le haut. Un bâillement lui échappa. Il commençait à ressentir la fatigue de ses deux nuits sans sommeil. Passant sa main dans ses cheveux en bataille, il se surprit à sourire.

Il était serein. Il allait montrer à Julie qu’elle n’avait pas perdu son temps auprès de lui. Elle n’allait pas être déçue. Tout ce qu’elle lui avait patiemment enseigné, la confiance en soi, la détermination et la satisfaction du travail accompli. Le maître serait fier de l’élève et peut-être celui-ci le dépasserait-il. La tâche l’attendait …Il ne fallait pas la faire attendre.

Après s’être soigneusement rasé, Pierre enfila un pantalon de flanelle gris et une chemisette bleu ciel. Jetant rapidement un coup d’œil dans la glace, l’image qu’il perçu sembla le satisfaire.

Il ne savait pas où elle était partie, mais il mènerait l’enquête et il trouverait. Il avait le temps.

Il allait tisser sa toile lentement mais avec soin et un jour où l’autre, Julie allait forcément être prise au piège.

Elle avait dit qu’elle partait au Darfour avec une association humanitaire pour soigner les femmes agressées et violées, les fillettes mutilées. Médecin de formation, elle voulait se rendre utile. Cependant, il pensait que sa motivation première n’était pas uniquement des scrupules de privilégiée occidentale, mais une relation sentimentale avec un des membres du groupe. Il comptait donc se rendre au siège de l’association, 37 bld Brune à Paris.

Il regarda sa montre qui indiquait 9 heures. Julie était partie depuis trois jours. Il était temps qu’il se remue. Il prit l’ascenseur et sorti de l’immeuble d’un pas décidé en direction du R.E.R C pour Paris, en jetant un dernier regard sur l’appartement qu’il laissait derrière lui. Loué avec Julie deux ans plus tôt. Pas le grand confort, une chambre et un séjour avec vue sur la voie ferrée. Dès cinq heures du matin, le bruit des trains était insupportable. Mais, ils n’avaient pas eu le choix. Seule, Julie travaillait. Lui, était une charge supplémentaire. Il ne pouvait se permettre d’être difficile. Et pourtant, il se souvenait de lui avoir reprocher le manque d’espace et le bruit. Il n’avait pas été à la hauteur et il savait en son fort intérieur, qu’elle n’avait pas tous les torts. Il devait la retrouver, lui parler, essayer de lui montrer qu’il était capable de changer, que tout était encore possible. Son départ précipité avait pour lui été comme un électrochoc. Brusquement, il réalisait qu’il était en train de la perdre et la léthargie n’était pas la voie à suivre.

Il s’assit dans un coin du train, dans le sens de la marche, près de la fenêtre. La ligne s’arrêtait à toutes les stations, il venait de rater la précédente, directe pour Paris. Il se mit à regarder les maisons le long de la voie ferrée. C’était un défilement de baraques ouvrières, plus moches les unes que les autres, espacées par des terrains vagues, qui servaient la plupart du temps de déchetteries. Il n’avait jamais pu s’habituer à cette laideur et cette promiscuité.

En apercevant un enfant jouant sur le perron de sa maison qui regardait passer le train, il se mit à penser à son enfance.

Son père, Jacques, riche industriel avait profité de la mondialisation pour développer des usines de textiles  en Inde où la main d’œuvre était bon marché. Il avait été l’un des premiers à oser partir explorer des pays dans lesquels la culture était si différente de la notre. On l’avait traité de fou, d’inconscient mais il avait tenu bon et s’était souvent félicité d’avoir persévéré envers et contre tout .Et cela n’avait pas été facile. Absent de longs mois pour prospecter, Jacques avait laissé sa femme souvent seule  pour élever leur enfant et assumer la vie de tous les jours. Pierre se souvenait de cette période avec précision. Ils habitaient alors un appartement en province à Tours dans le centre ville, pas très grand mais confortable et très clair. Ses parents étaient mariés depuis cinq ans et il venait juste de fêter ses quatre ans. A la fin du dîner, son père avait annoncé qu’il allait partir plusieurs mois en Inde. C’était indispensable, il ne pouvait plus végéter ainsi. Le poste de sous-directeur ne lui convenait plus et il n’était pas d’accord avec la politique commerciale du PDG, trop molle à son goût.

Sa mère avait mal prit la nouvelle. Se retrouver seule ne l’enchantait guère. Et cet enfant qu’ils essayaient en vain de faire ? Si Jacques s’absentait si souvent, comment pourraient-ils l’avoir ?

Pierre se  souvenait d’avoir reçu cette nouvelle avec satisfaction et d’avoir savouré  la joie d’avoir sa mère pour lui tout seul. La perspective d’une naissance ne lui convenait pas du tout. Il ne voulait pas partager avec qui que ce soit l’amour que lui prodiguait sa mère et le bonheur de vivre a coté d’elle.

En effet, dès que son père revenait, Pierre passait au second plan. Il ne pouvait plus dormir dans le  lit maternel et cette exclusion était ressentie comme un vol d’amour. Un sentiment de jalousie l’envahissait. Et les petits cris qu’il entendait la nuit, ajoutaient encore à la rancœur qu’il nourrissait envers son père. Pour rien au monde, il n’aurait voulu que l’on fasse de mal à sa maman et  il se revoyait, les pieds nus , en pyjama, devant la porte fermée de leur chambre, immobile, impuissant, n’osant braver l’interdiction d’entrer. Malgré son désir farouche de porter secours à sa mère,  il n’avait jamais franchit le seuil de son intimité. Et le matin,  la contemplant, souriante et détendue, comme si rien ne s’était passé, comme s’il avait rêvé, il se taisait.

Au bout de quelques temps, la famille avait déménagé. Les affaires de Jacques étaient florissantes et ils purent acheter une belle maison bourgeoise en pierres de taille avenue de Grammont dans  le centre de Tours. Pierre esquissa un sourire en se rappelant la joie de sa mère, découvrant les hauts murs ornés de plafonds richement travaillés de motifs élégants et champêtres. Les pièces vastes, les larges couloirs et les cheminées de marbre blancs l’émerveillaient. Quant à lui, il fut tout de suite séduit par le jardin où il trouvait d’innombrables cachettes dans lesquelles il pouvait disparaître pendant des heures et rêver de tout son saoul sans être dérangé.

Le temps s’écoulait avec ses joies et ses peines mais ils étaient heureux. Puis, un jour de novembre, gris et pluvieux, la mère de Pierre vint l’embrasser le soir avant qu’il ne s’endorme et s’attarda sur le bord de son lit en lui prenant la main comme lorsqu’il était petit. Une inquiétude soudaine l’avait envahi car ce n’était pas habituel. C’était important, Pierre l’avait compris à la gravité de ses yeux et à la douceur de sa voix.

-         « Pierre, lui avait-elle dit, ton père et moi, nous ne pouvons avoir d’enfant et nous n’en avons jamais eu. Tu n’es pas notre fils. Nous t’avons adopté quand tu avais trois mois. Je tenais à ce que tu le saches maintenant que tu es grand »

Sans dire un mot, les yeux fixés sur sa bouche qui articulait des sons qu’il ne voulait pas entendre, Pierre avait cru mourir. Hébété, perdu, sentant un torrent de larmes inonder son visage et son cou, il avait ressenti une douleur atroce, un poignard acéré qui transperçait son cœur. Sa mère, a qui il vouait un amour exclusif, sa mère, n’était pas sa mère et ne le lui avait jamais dit. Il était trahi.

Il comprenait subitement pourquoi elle désirait tellement un enfant. Lui, il n’était qu’un palliatif, servant uniquement de stockage à ses sentiments maternels afin de les entretenir pour qu’ils puissent briller le moment venu.

Sa mère essaya de le persuader qu’elle l’aimait, mais depuis ce jour, Pierre s’était méfié d’elle et  avait senti  naître une jalousie envers un être qui n’existait pas mais qui était bien là, tellement présent, qu’il alourdissait l’atmosphère encore plus que s’il était vivant.

Comprenant son chagrin, ses parents avaient évité de parler de leurs préoccupations devant lui, mais il surprenait souvent leur conversation.

Alors, lorsque sa mère tomba enceinte un beau jour d’avril, elle ne le mit pas au courant .Mais il comprit à sa gaîté inhabituelle qu’un évènement inespéré était arrivé. Et la seule chose qui pouvait la mettre dans cet état, c’était un enfant.

Pierre avait quatorze ans et besoin d’amour. Mais plus personne ne voulait lui en donner.

Jour après jour, il s’était renfermé sur lui-même, et plus le ventre de sa mère s’arrondissait, plus il avait envie de disparaître. Elle ne le regardait plus mais passait des heures à parler à son bébé en caressant son abdomen qui  paraissait monstrueux à l’adolescent qu’il était. Elle qui était si jolie, si mince, maintenant était devenue difforme.

Insidieusement, elle lui demanda d’accomplir toutes les taches ménagères sous prétexte qu’elle était fatiguée et devait faire attention .Pourtant, avant, elle ne se plaignait jamais et avait une endurance à toute épreuve. Mais voilà, elle avait peur pour le bébé ! De plus en plus souvent, Pierre eu droit aux remontrances et aux punitions et, pour un oui, pour un non, il recevait des corrections. C’était elle qui les ordonnait et son père qui les exécutaient. Puis, le bébé est arrivé et le drame qui s’ensuivit.

Pierre fut tiré de sa douloureuse rêverie par la voix dans le haut- parleur qui annonçait la station Saint-michel où il devait descendre. Il sortit de la rame de métro et se retrouva sur les trottoirs de Paris.

 

 

par fisoag publié dans : roman communauté : L'écriture dans tous ses états
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Jeudi 12 juin 2008

 

                  CHAPITRE II

 

 

Julie avait annoncé à Pierre qu’elle le quittait. Ce mot avait été très difficile à dire. Depuis de nombreux jours, elle réfléchissait aux conséquences qu’une telle décision allait entraîner.

Mais, elle n’avait pas le choix. Pierre devenait trop dépendant d’elle. Il ne vivait qu’en elle et pour elle. Comme une plante trop souple qui ne peut se développer sans un tuteur pour la soutenir. Elle n’en pouvait plus. Elle aussi avait besoin de réconfort. Quelqu’un de plus fort, qui pouvait recevoir ses doutes et ses faiblesses. Un homme, dans les bras duquel  son corps pourrait se blottir et s’abandonner.

Cependant, elle savait que Pierre n’accepterait pas la séparation. C’était très dangereux .Le risque était grand, mais il était impossible de continuer à vivre ainsi.

Elle avait échafaudé dans sa tête deux hypothèses.

Soit Pierre refuserait de se remettre en question et tournerait sa colère contre elle, soit il  lutterait et se libérerait de ses chaînes. Il savait qu’elle ne parlerait pas. S’il tentait de la tuer, cela signifiait qu’il abdiquait, et se suiciderait après. Elle espérait qu’il choisirait la deuxième solution.

Mais, n’étant sûre de rien, elle avait pris ses dispositions.

 

Après avoir quitté l’appartement en emportant une simple valise, Julie était partie au volant de sa petite wolswagen bleu marine en direction de Toulon où son amie Nathalie avait acceptée de la loger provisoirement. Elle n’avait laissé d’adresse à personne. Attachée de recherche au C.N.R.S, elle avait donné sa démission en prétextant ne plus vouloir travailler en laboratoire. Partir en mission humanitaire à travers le monde pour servir la cause des plus démunis, était devenu son cheval de bataille. Elle avait expliqué à son patron, qu’elle s’était réveillée un matin avec cette évidence qui ne lui laissait pas l’ombre d’un doute. L’urgence était là bas, pas à compter des œufs d’insectes sous le microscope pour savoir si telle femelle était plus fertile que telle autre. Tout le monde l’avait crue. Julie n’était pas le genre de fille à raconter des histoires.

 

Pierre allait suivre sa trace. Elle ne pouvait se permettre de négligences.

 

Les mains accrochées au volant, Julie commençait à sentir la fatigue l’envahir. Cela faisait huit heures qu’elle roulait maintenant. La nuit était tombée déjà depuis un bon moment et les phares des voitures qui la croisaient l’éblouissaient de plus en plus. Elle maudissait cette myopie qui s’était accentuée brutalement. L’oculiste n’avait pas voulu lui donner de rendez-vous avant trois mois. Planning surchargé. Elle aurait dû demander à être vue en urgence.

Il fallait qu’elle s’arrête. Sa tête bourdonnait et une douleur violente, lancinante lui frappait le front gauche et descendait sur l’œil.

Mais Pierre … Il ne devait pas la retrouver. Il avait déjà tué. Il pouvait recommencer, elle en était certaine.

Toulon n’était plus qu’à une heure de route. Encore un petit effort. Sa vie était en jeu !

Jetant un coup d’œil sur la jauge de son réservoir d’essence, elle comprit que de toutes façons, elle n’avait pas le choix. Sa voiture avait besoin de toute urgence, du précieux carburant.

Elle en profiterait pour boire une tasse de café de sa thermos qu’elle emmenait toujours avec elle et prendre en même temps son comprimé contre la migraine. Ainsi, elle resterait éveillée jusqu'à destination.

 

Une demi heure après avoir repris sa route, elle  vit le camion foncer sur elle. Enorme, monstrueux, avec ses phares gigantesques qui l’éblouissaient…

En une fraction de seconde, elle compris que sa voiture allait s’encastrer dessous et qu’elle allait mourir. Elle n’eut pas le temps d’avoir peur .Un bruit lugubre de tôles entrechoquées déchira la nuit…

 

La police avait trouvé son sac à main à moitié calciné. Ne restaient  que deux photos, miraculeusement indemnes de ce carnage ; celle d’une petite fille souriant sur la plage et une autre d’un homme. Une quarantaine d’années, le regard sombre, la bouche triste et qui semblait fixer l’infini.

Son passeport quant à lui était complètement détruit. De son carnet d’adresse, seules quelques pages étaient encore intactes. On pouvait notamment lire la moitié d’une adresse soulignée au crayon à papier : Nathalie B, 3 square L…on T.ul..

 

Julie avait été amenée par les pompiers à l’hôpital le plus proche, celui de Toulon.

On avait d’abord cru qu’elle était morte. Mais, contre toute attente, son cœur continuait de battre. Extrait par l’équipe de secours, de la carcasse de sa voiture, encastrée sous le camion, le corps de la jeune femme était miraculeusement sorti indemne de l’accident. Du moins en apparence.

Protégée de l’écrasement grâce à son airbag, seule sa tête avait souffert. Son bras droit était légèrement brûlé mais surtout, s’écoulait un filet de sang de son oreille gauche. Hémorragie cérébrale.

Plongée dans un coma profond, elle avait été opérée d’urgence dans le service des polytraumatisés.

Le chirurgien de garde qui ce soir là s’était occupé d’elle avait dû travailler douze heures.

Douze heures sur la table d’opération à lutter contre cette hémorragie qui comprimait le cerveau et perturbait ses fonctions vitales. Il voulait de toutes ses forces que cette jeune femme vive. Son visage dégageait trop de détermination, trop d’énergie, pour abandonner la partie. Il allait l’aider du mieux qu’il pourrait, même si la fatigue l’envahissait, même si la contracture musculaire qu’il ressentait au niveau des épaules lui obligeait à serrer les lèvres pour ne pas crier. Plié au dessus de la tête de Julie, il sentait la sueur couler le long de son masque, gagner le cou, puis inonder sa tunique.

Il avait peur…Peur de son impuissance à la sauver. Il savait que s’il échouait cette nuit, il arrêterait définitivement d’opérer. Voir les gens mourir et  ne pouvoir les sauver lui était devenu insupportable.

L’opération prenait fin. Julien regarda sa montre, abruti de fatigue et d’angoisse. Elle était rentrée à minuit et il était midi ! Maintenant qu’il avait terminé et qu’il ne pouvait plus rien pour elle, il se permit de poser son regard sur son visage. Il en aimait la forme, ovale, douce mais sans mollesse, avec un nez fin et une bouche sensuelle et volontaire. Il avait envie d’en connaître plus. Elle était belle et se dégageait d’elle une surprenante force qui lui donnait envie de pénétrer dans ses pensées, de se lover dans son intimité, d’être acteur de sa renaissance. Une angoisse soudaine lui assécha la gorge. Dans quel état la trouverait-il à son réveil ? Il savait que pour elle, rien ne serait comme avant.

Elle avait survécu à l’opération. Mais une petite partie du cerveau avait été touchée. Le lobe occipital du cerveau gauche dans lequel la mémoire visuelle se construit avait été lésé. Heureusement,  le cortex profond et la partie limbique étaient intacts. Cela signifiait une amnésie rétrograde (perte de ses souvenirs acquis avant l’accident) et non antérograde (elle pourrait en construire de nouveaux.)

Après avoir conduit Julie en salle de réveil, Julien sorti de l’Hôpital non sans avoir salué la nouvelle équipe du matin. Il démarra sa BMW cabriolet de sa place réservée et comme le temps était clément en ce début de printemps, il replia le toit décapotable et prit la direction du centre de Toulon .L’air frais fouettant son visage lui fit du bien. Il décida de ne pas rentrer tout de suite chez lui et de faire un tour sur le bord de mer. Il gara sa voiture et entrepris de marcher sur la plage. Midi sonnait à l’horloge de l’église, les passants rentraient pour déjeuner et il se retrouva seul.

Enlevant ses chaussures, il posa ses pieds nus dans les galets devenus brûlant sous la chaleur du soleil. Il aimait cette sensation, à la limite du supportable. Cet instant, ce point d’équilibre précaire entre le bien-être et la souffrance. Se tenir tout près de ce qui fait mal pour en avoir conscience mais ne pas y tomber !

En marchant sur la grève, un sentiment de liberté l’envahit. Pourquoi revenir chez lui, retrouver son quotidien, ses habitudes et ses ennuis. Pourquoi subir toutes ses contraintes.

Mais il était un homme responsable. Sa femme, Louise, était jolie, et  maîtresse de maison accomplie. De dix ans plus jeune que lui, elle consacrait sa vie à son mari et à ses deux fils âgés de 5 et 7 ans. Il n’avait rien à lui reprocher et c’est bien cela qui clochait. Elle était trop parfaite, et ses trop nombreuses qualités lui rappelaient sans cesse ses insuffisances à lui. Cela l’exaspérait et il s’en voulait d’en être irrité. Manque d’humilité, un défaut de plus.

Pourtant, c’était lui qui était sous le feu des projecteurs. Chirurgien reconnu, il avait droit à tous les honneurs et sa réputation dépassait les frontières de la France .Il aurait pu en être satisfait, imbu de lui. Mais non, il ne le pouvait pas. Le grand chirurgien, Julien PARIS n’arrivait pas à s’accomplir en tant qu’homme. Il ne réussissait pas à combler sa femme.

Ejaculation précoce …et stérilité. Des années de traitement sans succès. Il avait tout essayé. Même la psychothérapie. Alors que ses mains accomplissaient des miracles et sauvaient des êtres, son sexe était incapable de donner la vie. Paradoxe insupportable ! Tous ceux qui l’admiraient, ne pouvaient savoir à quel point il se sentait indigne et ne pouvaient imaginer la souffrance qu’il endurait. Les enfants avaient été adoptés en désespoir de cause.

Julien pourtant, se rappelait l’époque ou, jeune homme, il courrait de succès en succès.

Il revoyait avec une étonnante précision sa dernière aventure. L’étudiante qu’il avait ramenée dans sa chambre, un soir d’été où la chaleur était écrasante. Logeant alors sous les toits, Boulevard Saint Germain, tous deux avaient monté l’escalier de cinq étages quatre à quatre et fait l’amour derrière la porte, par terre, ne pouvant attendre plus longtemps. Il sentit une bouffée de chaleur l’envahir en pensant à ses exploits d’alors. Cette nuit là, il avait battu son record. Oui, six fois de suite, ce n’était pas si mal. Pavoisant comme un jeune coq, ne se doutant pas une seconde que la puissance du jeune mâle allait brusquement se tarir. C’était arrivé si vite…

par fisoag publié dans : roman communauté : L'écriture dans tous ses états
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Jeudi 12 juin 2008
                                     

CHAPITRE I

 

 

Le jour commençait à filtrer à travers les volets clos. Il devait faire beau dehors. Les minces fentes du bois laissaient passer des rayons de lumière vive qui se diffractaient à travers les infimes particules de poussière en suspension qui apparaissaient ainsi par milliers.

Etonnant, comme un simple rayon lumineux pouvait révéler l’invisible matière.

Tout dépendait de l’orientation des rayons et de l’angle de vue. La vision des choses était en fait très subjective. Et sa vie, à lui, n’échappait pas à la règle.

Etendu sur le lit, les jambes au dessus du drap défait, Pierre regardait danser les particules dans le faisceau  doré. Il n’avait pas dormi. Pourtant, il s’était couché tard. Mais cette nuit, comme les deux précédentes, ne lui avaient pas laissé de repos.

Il refusait à s’avouer vaincu, à abandonner. Pourtant, il aurait en effet été facile de se saouler ou bien de se droguer, mais cela n’aurait rien résolu. Pierre savait qu’il ne pouvait se le permettre. Après sa cure de désintoxication, le médecin lui avait bien dit : « Plus une goutte d’alcool sinon… »

Ne pas craquer…. Pourtant, sa tête allait exploser. Il sentait un grand vide, là, près de l’estomac. Un vide vertigineux qui l’attirait vers le fond. Un gouffre. Et lui, se trouvait sur le bord, le corps arque bouté en arrière et résistant de toutes ses forces pour ne pas tomber. Ne pas tomber !

La bouteille, elle, était là. Bien pleine, belle, comme une femme qui vous aguiche et qui fait des manières. Elle le provoquait. Pierre n’osait s’attarder sur elle. Ne pas la regarder. Non, surtout, ne pas la regarder. C’était une empoisonneuse, une fille de joie qui n’en valait pas la peine. Il l’avait posé très loin, de façon à ne pouvoir l’atteindre de la main. Elle trônait au dessus de l’armoire, face à lui, tout en haut. Pourrait-il sortir vainqueur de l’épreuve ?

Il était étendu, en sueur, abruti de fatigue et de désespoir, immobile et seuls ses yeux brillants dans  l’obscurité de la chambre ne laissaient aucun doute sur la vie qui l’habitait. Dans le noir depuis deux jours. Sans manger et sans boire, luttant désespérément contre cette terrible angoisse, ce sentiment de mort, de désastre qui l’avait envahit quand elle avait prononcé avec un air triste que démentait la lueur joyeuse de ses yeux « je te quitte »

Julie…Elle allait se donner à un autre. Ce que lui n’avait jamais pu avoir, ce qu’elle refusait de lui offrir, l’autre en serait gratifié tous les jours. Le don de soi, l’amour …

Et pourtant, lui, Pierre, avait donné sa vie à Julie, mais ce n’était sans doute pas suffisant.

Depuis leur rencontre dans le métro alors qu’il sortait de sa cure et qu’il avait failli la faire tomber en la bousculant, depuis qu’il avait croisé ses beaux yeux clairs, si clairs qu’il s’y serait noyé.

Il avait arrêté de boire. Elle lui avait dit qu’il fallait, qu’il devait croire en lui, qu’elle l’aiderait mais qu’il devait se prendre en mains et ne pas se laisser aller. Il s’était confié. Il lui avait raconté son histoire. Et pourtant, jamais, il n’aurait cru en être capable.

Maintenant, sa vie était entre ses mains. Elle savait…Elle savait qu’un jour de Décembre, il avait accompli une chose inimaginable, monstrueuse, si terrible que rien que d’y penser, le cœur lui manquait.

Un jour de Décembre, alors qu’il venait d’avoir quinze ans, un jour où, au lieu de cadeaux, il avait encore reçu des coups. Lui, l’enfant adopté par un couple bien pensant et à l’aise dans la vie mais tourmenté par un désir d’enfantement non assouvi. Lui, qui avait vécu heureux, choyé et aimé. Enfin, le pensait t’il, jusqu’au jour où, celle qui se disait sa mère avait réussit au bout de quinze ans à avoir un enfant. Le miracle s’était produit au moment où on ne l’attendait plus. Quoi de plus beau que ce petit bébé, ce cadeau tombé du ciel. Pierre était si content de ce petit frère ! Ses parents l’avaient appelé Lucas car cela voulait dire lumière.

Quand il ouvrait les yeux, Pierre voyait danser des milliers de particules lumineuses. Son regard …Un feu d’artifice dans un océan de tendresse.

Mais Lucas avait pris la place de Pierre. Lucas, c’était leur enfant, celui voulu depuis toujours. Pierre n’existait plus sauf pour servir de défouloir, de rebut, pour recevoir les coups et les mauvais traitements, tous les sentiments inavouables dont on veut se débarrasser. Pierre n’avait plus sa place dans le cœur de ses parents.

Alors, sa joie envers son frère s’était transformée en un immense sentiment de haine, de dégoût. Lucas, ce petit être si fragile et en même temps si puissant, Lucas source de son malheur devait disparaître.

Ce soir là, quand tout le monde dormait, Pierre était entré dans la chambre de son frère et avait posé un oreiller sur sa tête. Il n’avait pas appuyé très fort. Juste un petit peu. Un bébé, c’est si fragile…

Ensuite, il était allé se recoucher.

Le lendemain matin, ses parents horrifiés avaient découvert le bébé inanimé dans son lit. L’enquête avait conclu à la mort  subite du nourrisson.

Pierre n’avait jamais été inquiété. N’était-il pas incapable de faire de mal à une mouche ?

Ses parents, effondrés, lui avaient redonné un peu d’affection et avaient cessé de le frapper. Mais depuis, il vivait avec un couteau planté dans le cœur.

 

Pierre s’était confié à Julie….Mais pourquoi cette irrémédiable faiblesse. L’amour, bien sûr.

Qu’allait-il devenir, elle seule savait…Il était un criminel. Si elle parlait, il était fichu.

Oui, il l’aimait. Mais elle l’avait trahi. Soigne t-on un oiseau blessé pour lui casser les ailes lorsqu’il peut à nouveau voler ? C’était pire que de le laisser mourir. L’indifférence fait mal, mais détruire un être après lui avoir redonné l’espoir de vivre…

Car c’était bien de cela dont il s’agissait. Julie, sa petite Julie, avait fait de lui sa chose. Et elle croyait qu’elle pouvait le jeter quand elle n’en aurait plus envie ! Un simple jouet.

C’était trop facile. Pierre n’était pas méchant, mais l’humiliation était la seule blessure qu’il ne supportait plus. Un plat trop souvent servi. Un goût trop connu. On pourrait dire un dégoût.

Elle ne pouvait pas partir. Elle allait comprendre, il en était sur… Ses yeux étaient si clairs.

 

Pierre tourna sa tête lentement vers la bouteille au dessus de l’armoire. Pourquoi luttait-il ainsi contre le plaisir. Elle voulait partir. Elle s’en foutait qu’il crève. Se laisser aller…Encore une fois…

 Le liquide bienfaisant inonda son être et un bonheur intense le submergea. Il s’assit sur le lit quelques instants. Puis, très vite, son esprit devint limpide, son corps léger. Mue par une détermination soudaine, il se leva.

Il n’avait plus une minute à perdre, son avenir était entre ses mains.

 

 

                                 
par Sophie Aguillé publié dans : roman communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Jeudi 13 mars 2008



Un petit texte de réflexion sur la Différence.

Ne sommes nous pas tous semblables les uns les autres, que nous soyons noir, 
blanc,quelque soit notre religion, nos croyances. Ne sommes  nous pas tous les mêmes et pourtant, en apparence différents.
Pourquoi vouloir s’insurger contre un tel ou un tel. Pour affirmer une différence, nous utilisons tous le même comportement. Et nous pourrons toujours montrer que nous valons mieux que l’autre. Est-ce nécessaire à notre survie ? Sommes nous obligés de détruire pour être ? Avec nos peurs, nos angoisses, nos haines, nos amours, une identité prend naissance grâce à l’autre et cela nous rassure. Pourquoi ? Se reconnaître, se projeter dans l’autre, critiquer ses faiblesses, se moquer de ses joies, nous permet de nous affirmer en tant qu’être vivant. Faire la différence entre les autres et soi, nous permet d’exister. Mais une différence de groupes d’individus à un autre, pas d’une personne à une autre. Car celui, qui paraît différent des autres en tant qu’individu est un danger pour la collectivité des différents groupes.Le vilain petit canard qui en fait est un beau cygne, est montré du doigt non parce qu’il est différent mais parce qu’il met en évidence l’uniformité du groupe. Tout ce qui peut faire prendre conscience à celui-ci que ses membres ne sont pas libres d’évoluer comme bon leur semble, qu’ils n’existent pas en tant qu’individus est banni, détruit, rejeté. Celui qui ose s’ériger contre ce principe sera toujours malheureux, exclu, laissé pour compte. Car l’homme n’échappe pas à la loi de la nature. Il a besoin pour s’épanouir, d’être reconnu par les membres de sa tribu. Les différentes guerres, les combats perpétuels ne servent qu’à cela.Rassurer l’homme qu’il appartient bien à un groupe dans lequel il est chez lui. A chacun de trouver le cercle magique dans lequel il pourra évoluer en harmonie avec ses semblables. Si l’homme était capable de vivre seul, il pourrait parler de différence.Mais, il ne le peut pas. Très vite, il sombre dans la folie, la schizophrénie, la dépression. L’enfant autiste est seul. Sa différence vient de son incapacité à communiquer. L’homme est un être social et c’est d’ailleurs grâce à cette aptitude qu’il a réussit son développement et perfectionner son intelligence.Alors, la différence…comme la richesse, qui n’existe que par opposition à la pauvreté, n’est t’elle pas le fondement du monde de nos similitudes et ne permet-elle pas à l’homme d’accepter ce qu’il est : un petit rouage  semblable aux autres dans l’extraordinaire chaîne de la vie.

par Sophie Aguillé publié dans : Dissertation communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 15 février 2008
Comme l’ombre est à la lumière,
Comme le torrent est à l’océan,
Comme le volcan est à la terre,
Comme l’éclair est au firmament.
 
Comme mes mains noueuses
Sur ta peau de satin.
Comme mes lèvres rugueuses
Sur le bout de tes seins.
 
Comme mon corps tremblant
Sur ton corps d’airain.
Comme ma bouche en sang
Contre tes dents, tes poings.
 
 Comme mon impuissance
A dompter ton chagrin.
Comme ma pénitence
A soutenir en vain
 
La douleur qu’un salaud
Que tu trouvais fort beau,
A fait naître en tes reins.
 
Sur ton ventre arrondi,
Je veux poser mes mains.
Je sais, ce n’est pas rien.
N’aie pas peur, souris.
 
J’ai croisé ton chemin.
Moi qui suis né vilain
Mais j’attends cet instant
Depuis la fin des temps.
 
Tes regards, tes soupirs
Ignoraient ma présence.
Ta beauté, ta prestance,
Faisaient fi
De mon intelligence.
 
Mais, aujourd’hui
Tout espoir est permis.
O chérie, je t’en prie
Accepte moi, dis oui.
par sophie aguillé publié dans : poesies communauté : L'âme du poète
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Jeudi 14 février 2008
    Résumé de l'Acte III:
Gérard, le mari de Marguerite tombe amoureux d'Isabelle mais il ne peut abandonner Marguerite à son triste sort.
L'esprit de Laura, leur fille plane au dessus deux. Que va-il décider? Marguerite va-peut-être l'aider à choisir...
 

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 ACTE IV
 
 
 
SCENE I
 
 Marguerite, rentre dans la pièce. Les yeux gonflés, les cheveux défaits, le chemisier débraillée .Elle fixe d’un air hagard  Isabelle  qui est seule, assise sur le canapé. Isabelle lui sourit d’un air radieux. Visiblement, Marguerite  est ivre. D’un pas hésitant, elle s’avance vers Isabelle.
 
MARGUERITE.- Alors, il t’a tout raconté, n’est-ce pas ? Mon bébé, ma petite fille, partie avant même de savoir marcher. Et que je me refuse à lui. Il a raison, Gérard, je ne suis pas digne de lui. Je me demande bien pourquoi il est encore avec moi. L’amour, non, je n’y crois pas. Il a sans doute peur que je fasse des bêtises. Gérard, c’est comme ton petit Paolo, mon ange gardien en somme. Au fait, comment le trouves- tu ?
 Il faut aller de l’avant. C’est toi qui l’as dit. Changer de femme, çà lui ferait sûrement du bien. Je vois bien que tu en meures d’envie. Allez, je te donne la permission. Je ne suis pas jalouse, ne t’inquiète pas. Je n’ai plus d’envie depuis longtemps. Ne pas se retourner en arrière. Bien sûr. Comme je t’admire. Tu y arrives, alors pourquoi pas moi, n’est ce pas ? Mais j’ai l’impression que c’est trop tard. Tu vas me dire que c’est ce que je voulais, que je t’aie invitée exprès !  Oui, cela me ressemble bien de tout faire pour me déduire, m’auto flageller, c’est un de mes vices favoris. Mais il y a quelque chose que Gérard ne t’a pas dit. Ce que tu as toujours ignoré Isabelle, c’est que mon amour, c’était toi. Je rêvais de toi la nuit, le jour, sans relâche. Mais je n’ai jamais osé te le dire. A cause de mon éducation puritaine, sans doute. Te revoir après trente ans. Je ne pouvais pas te laisser filer ainsi, il fallait que je te retienne coûte que coûte, même s’il n’y avait pas d’espoir, même si pour cela je risquais de perdre Gérard. Je suis malade. J’ai tout raté. Je me suis mariée et j’ai eu un enfant. Oui, moi aussi. Mais je n’ai pas été capable de la garder en vie. Notre fille Anna est morte à l’age de 6 mois parce que je n’étais pas à coté d’elle au bon moment. Un accident de voiture…Une faute d’inattention, mon esprit à la recherche de mes souvenirs…de mon amour, Isabelle .J’ai voulu mourir moi aussi, mais je suis encore là. Et je fais souffrir Gérard. Je n’en peux plus.
 
ISABELLE.- Gérard m’a raconté votre histoire. J’ai été terriblement touchée. Mais ce que tu viens de me dire m’anéanti complètement. Tu insinues que c’est à cause de moi que tu as eu cet accident et que, par conséquent, c’est  moi qui suis responsable de la mort de ta fille. Et tu voudrais que je couche avec Gérard, avec l’âme d’Anna planant au dessus de nos corps enlacés ! Tu te moques de moi. Qu’est-ce que tu crois ! Ce n’est pas parce que j’ai fais le deuil de mon fils, que je ne me sens pas coupable de sa mort. Alors, la mort de la fille de ma meilleure amie…
Je n’ai pas envie de rester ici davantage. Tu t’es jouée de moi, tu m’as utilisée pour détourner ton sentiment de culpabilité à mes dépends. Je ne sais pas ce que tu appelles l’amour, mais ce qui est sûr, c’est que ta définition est différente de la mienne. Bonsoir. Elle sort.
 
 
SCENE II
 
Gérard rentre dans la pièce, le sourire aux lèvres. Il s’arrête brutalement en voyant qu’Isabelle n’est plus là.. Marguerite est affalée à la table et boit un verre de vin. Elle est saoule.
 
MARGUERITE.- Ah, Gérard, tu tombes bien. Où étais tu passé ? Isabelle est partie. Elle ne voulait pas couchée avec toi. Quel dommage ! Pourtant, sa robe était prometteuse. Enfin, il faut se méfier des apparences. Ecoute. Je vais t’en apprendre une bonne ! Anna, ce n’était pas ta fille. Je me suis fais engrossée un après midi, un jour où tu devais rentrer tard, comme d’habitude.
Un beau jeune homme, mais fragile de santé, diabétique. J’ai toujours voulu que tu ignores la gravité de la maladie d’Anna parce que j’avais peur que tu découvre qu’elle n’était pas ton enfant. Maintenant, je m’en fous.
 
GERARD.- Livide et brusquement violent. Tu mens. Je te connais trop, tu es incapable d’une telle perfidie. Qu’est ce que tu cherches ? A me faire commettre l’irréparable ! Une autre mort sur la conscience. Mais tu ne m’auras pas. Ce serait trop simple. Je ne vais pas me charger du sale boulot. Si tu n’es pas capable de t’assumer, ne compte pas sur moi pour le faire à ta place. La solution n’est pas dans la fuite. Regarde les choses en face et bat toi, nom de dieu, bat toi. Affronte la réalité. Laisse ton corps se faire submerger par les vagues, suffoque, pleure, au risque de te noyer. Et sort la tête de l’eau. Tu ne réussiras pas sans perdre des plumes. Je ne peux plus rien pour toi. Je pars. Oui, avec Isabelle. C’est la seule solution. Je vais lui donner l’amour que tu refuses de recevoir, l’amour que tu attends inconsciemment sans le savoir, et qui est seul capable de guérir ton corps et ton esprit malades .Il s’avance lentement vers Marguerite, l’attire vers le canapé et l’embrasse.
Marguerite résiste un instant puis se laisse faire en pleurant. Gérard soulève Marguerite et l’allonge sur le canapé. Il lui fait boire un verre et elle s’endort. Il sort son portable et compose le numéro d’Isabelle.
 
GERARD.- Allo, Isabelle,  c’est Gérard….Je lui ai dit…Je la quitte. Elle s’en sortira. Grâce à toi. Je lui ai donné un somnifère. Elle dort. J’ai pu lui dire…De toutes façons, c’est ce qu’elle voulait. Elle m’a révélé son secret. Anna n’était pas ma fille ! Je n’ai pas tué mon enfant. Je suis libre, enfin ! Je vais pouvoir vivre et aimer .Je vais aimer à la folie, le jour, la nuit. Isabelle… Tu es là ? Isabelle…Pourquoi ne réponds tu pas ? Isabelle ! Gérard repose le combiné lentement, anéanti.
Elle a raccroché.
 
 
 
par Sophie Aguillé publié dans : pièces de théâtre communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mercredi 13 février 2008
 Résumé Acte II
Isabelle a confié à Marguerite son secret et Gérard , lui aussi s'est permis de révéler à Isabelle le fardeau qui pèse sur leurs épaules...

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Scène 1
 
Gérard seul
GERARD.- Je ne sais pas ce qui m’arrive. J’ai l’impression de revivre. Mon corps comme une plante assoiffée et desséchée, vient de trouver sa source. Je sens la sève irradier tous les pores de ma peau. Quelle sensation agréable, trop longtemps oubliée ! Isabelle ! Je ne pourrais jamais te remercier assez. Je suis un miraculé. J’étais mort et me revoilà vivant. Je voudrais partir avec toi à des milliers de kilomètres. Faire table rase du passé. Plus de Marguerite, plus d’Anna. Rien que nous deux. Faire l’amour et ne plus penser. Aimer, oui, aimer. La plupart du temps, on vit et on oublie d’aimer. Fermer la porte, partir, la laisser. Non, je ne peux pas. Elle sera entre nous, toujours. Et si je la tuais…Un cachet dans un verre. Un de trop, elle prend tellement de somnifères. Personne ne pourra prouver quoi que ce soit. De toutes façons, sa vie est un enfer. Sa mort ne peut pas être pire. Mais non. J’ai déjà tué Anna, je ne peux pas recommencer avec Marguerite. Isabelle, aide-moi, je t’en prie. Je te veux, ne me repousse pas, s’il te plaît.
 
 
Scène 2
 
Isabelle sort de la chambre de Marguerite.
ISABELLE.- Nous avons discuté. Elle va mieux. Je lui ai dit que vous m’aviez raconté votre secret. Que je savais tout. Elle a paru soulagée. Je pense que maintenant, elle va pouvoir tourner la page. Tous les espoirs sont permis. Gérard, ne désespérez pas. Marguerite va s’en sortir.
 
GERARD.- Vous savez… Je…J’ai honte…J’ai envie de vous embrasser. Vous n’allez pas me croire, mais il y a si longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Excusez moi.
 
ISABELLE.- Mais non, ne vous excusez pas. J’en est très envie aussi. Mais j’ai promis à Marguerite de ne pas la trahir, je suis désolée.
 
GERARD.- Quand je pense que je ne voulais pas vous rencontrer et que l’on s’est querellé Marguerite et moi à ce sujet !
 
ISABELLE.- Ecoutez. Vous me plaisez terriblement, mais ce n’est pas possible. Pas maintenant.
 
GERARD.- Je vous en prieEntre Marguerite et moi, le fil s’est cassé. C’est trop tard. Mais je n’ai pas le courage de lui dire. Il y a Anna. Elle est morte à cause de moi. Je ne peux pas la laisser seule. Ce serait tuer ma fille une deuxième fois. J’ai besoin de vous. Vendredi, j’ai une réunion professionnelle. Je n’irai pas. Nous nous verrons. Dites oui…
Au café de l’avenir, place des Martyrs à 18 heures. Je vous attendrai. Je dirai à ma femme que la réunion s’est prolongée plus longtemps. Cela m’arrive souvent et de toutes façons, elle est à cent lieux de penser que je puisse avoir une aventure.
 
ISABELLE.- Vous en êtes sûr ? Bon, d’accord. A vendredi. Mais à condition que vous ne preniez que ce que je suis capable de vous donner. Voici mon téléphone : 01.69.46.25.49
 
GERARD.- Comme vous voudrez. Isabelle, c’est formidable ! Je sors prendre l’air. On étouffe ici. A vendredi. il sort.
 
 
 
 
 
 
par Sophie Aguillé publié dans : pièces de théâtre communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Samedi 9 février 2008
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Résumé de l'Acte I   
Isabelle et Marguerite sont deux amies qui se retrouvent sur un banc public après s'être perdues de vue depuis trente ans. Elles parlent de leur passé, de leurs amours. Marguerite décide d'inviter Isabelle à diner mais cela ne semble pas enchanter Gérard, le mari de Marguerite...
    
                                      
  
 

ACTE II

 

Scène 1

 

Changement de décor. Appartement de Marguerite et Gérard. Une table et trois chaises.

 Marguerite s’active pour mettre la table. Elle est très excitée à la perspective de recevoir Isabelle. Gérard lui, ne semble pas enchanté.

 

MARGUERITE.- Isabelle a besoin qu’on lui remonte le moral. La pauvre, elle se sent si seule. Je suis contente de l’avoir revue ! Cela fait si longtemps. Tu me croiras si tu veux, mais malgré nos caractères très différents, c’était ma meilleure amie. C’est bête, elle a déménagé et puis on s’est perdu de vue.

 

GERARD.- Je vais encore me faire chier toute la soirée. Vous allez papoter entre filles et il n’y aura pas de place pour moi. Ma présence est-elle vraiment indispensable ?

 

MARGUERITE.-